Le Rôle des Femmes dans le Monde Romain

Article

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 22 février 2014
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Disponible dans ces autres langues: anglais, allemand

Le rôle et le statut exacts des femmes dans le monde romain, et en fait dans la plupart des sociétés anciennes, ont souvent été obscurcis par les préjugés des auteurs masculins de l'Antiquité et des chercheurs masculins des 19e et 20e siècles de notre ère, une situation qui n'a été corrigée que relativement récemment par les chercheurs modernes qui ont cherché à évaluer plus objectivement le statut, les droits, les devoirs, la représentation dans les arts et la vie quotidienne des femmes, et ce à partir de sources presque exclusivement masculines traitant d'un monde romain dominé par les hommes.

Les femmes dans la mythologie

Contrairement à d'autres cultures anciennes, comme les Grecs, qui avaient formé un mythe de la création dans lequel la femme était une créature secondaire par rapport à l'homme et, plus particulièrement, sous la forme de Pandore, porteuse de malheurs et de vices, les Romains avaient une approche plus neutre dans laquelle l'humanité, et non spécifiquement l'homme, avait été créée par les dieux à partir de terre et d'eau. Les Métamorphoses d'Ovide, par exemple, ne précisent pas si le premier humain était un homme ou une femme. Au moins dans un sens physique, les hommes et les femmes n'étaient donc pas considérés comme appartenant à une espèce différente comme dans le monde grec, un point de vue souvent réitéré dans les traités médicaux romains.

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The Intervention of the Sabine Women
L'intervention des Sabines
Jacques-Louis David (CC BY-SA)

L'un des premiers épisodes les plus célèbres de la mythologie romaine, qui en dit long sur les attitudes à l'égard des femmes, est le rapt des Sabines. Dans cette histoire, les premiers colons de Rome enlevèrent les femmes des tribus voisines pour en faire leurs épouses. L'une des raisons de cette action peut avoir été le désir de former des alliances locales par le biais des liens du sang. Naturellement, ces tribus cherchèrent à récupérer leurs femmes et déclarèrent donc la guerre. Cependant, les femmes enlevées - menées par Hersilia, l'épouse de Romulus - essayèrent en fait, à ce stade, d'intervenir afin d'éviter un bain de sang. Cette histoire fait écho au rôle important joué par les femmes dans le lien entre les familles dans la société romaine - leur famille de naissance, puis de mariage.

Les femmes et la famille

Dans de nombreux cas, les femmes romaines étaient étroitement identifiées à leur rôle perçu dans la société - le devoir de s'occuper du foyer et d'élever une famille (pietas familiae), en particulier, de porter des enfants légitimes, ce qui avait pour conséquence un mariage précoce (parfois même avant la puberté, mais généralement vers 20 ans), afin de s'assurer que la femme n'avait pas d'antécédents sexuels susceptibles d'embarrasser le futur mari. La famille romaine était dominée par les hommes, avec à sa tête le personnage masculin le plus âgé (paterfamilias). Les femmes étaient subordonnées, ce qui se reflète dans la pratique romaine des noms. Les citoyens masculins avaient trois noms: praenomen, nomen et cognomen, tandis que toutes les femmes d'une même famille étaient désignées par la version féminine du nom de famille. Une femme mariée pouvait conserver son nom de jeune fille ou être désignée par le nom de son mari (par exemple, Terentia de Cicéron). Au sein de la famille, les femmes s'occupaient du foyer et de sa main-d'œuvre esclave, travaillaient à l'artisanat et les femmes de la classe supérieure pouvaient également étudier des sujets académiques tels que la littérature et la philosophie.

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CETTE ÉTROITE DÉPENDANCE DES FEMMES À L'ÉGARD DEs hommes de leur famille SE REFLÉTAIT DANS DES DOMAINES TELS QUE LE DROIT ET LA FINANCE, OÙ LES FEMMES ÉTAIENT LÉGALEMENT OBLIGÉES DE FAIRE APPEL À l'un d'eux AGIssant DANS LEUR INTÉRÊT.

Cette étroite dépendance des femmes à l'égard des hommes de leur famille se reflétait également dans des domaines tels que le droit et la finance, où les femmes étaient légalement obligées de faire appel à l'un d'eux pour défendre leurs intérêts (Tutela mulierum perpetua). Les seules exceptions à cette règle étaient les femmes ayant trois enfants (à partir de 17 av. JC), les femmes affranchies ayant quatre enfants et les vierges vestales. Cette règle était destinée à maintenir les biens, en particulier les biens hérités, dans la famille contrôlée par l'homme, même si les descendants masculins et féminins avaient les mêmes droits d'héritage en vertu du droit romain. Cependant, dans la pratique, les familles ne suivaient pas toujours la loi à la lettre dans ce domaine, comme dans bien d'autres, et il existe des preuves que les femmes géraient leurs propres affaires financières, possédaient des entreprises, exploitaient des domaines, etc.

Une autre explication encore plus chauvine de cette règle qui permettait aux femmes d'hériter et de posséder des biens mais pas de les contrôler, était qu'elles étaient considérées comme incapables de gérer ces affaires par elles-mêmes. Cette opinion selon laquelle les femmes avaient un jugement faible (infirmitas consilii) fut exposée par Cicéron, par exemple. Le droit romain stipulait cependant que les biens de la femme devaient être séparés de ceux du mari (à l'exception de la dot) et qu'ils pouvaient être récupérés après un divorce. La séparation par divorce était facilement réalisable par les deux parties en vertu du droit romain, mais les enfants du couple appartenaient légalement au père ou au parent mâle le plus proche si le père n'était plus en vie. À la fin de l'empire, et surtout suite à la législation imposée par Constantin, le divorce devint beaucoup plus difficile, surtout pour les femmes.

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Fresco, Pompeii
Fresque de Pompéi
Mary Harrsch (Photographed at the Museo Archaeologico Nazionale di Napoli) (CC BY-SA)

Les femmes dans la société en général

Les femmes romaines avaient un rôle très limité dans la vie publique. Elles ne pouvaient occuper aucun poste de responsabilité politique, ni voter, ni prendre la parole lors d'assemblées, ni même y assister. S'il est vrai que certaines femmes ayant un partenaire puissant pouvaient influencer les affaires publiques par l'intermédiaire de leur mari, elles étaient l'exception. Il est également intéressant de noter que les femmes qui ont un pouvoir politique dans la littérature romaine sont très souvent représentées comme étant motivées par des émotions négatives telles que la rancune et la jalousie, et, de plus, leurs actions sont généralement utilisées pour montrer leurs "hommes" sous un mauvais jour. Les femmes romaines de la classe inférieure avaient une vie publique parce qu'elles devaient travailler pour gagner leur vie. Les emplois typiques de ces femmes étaient l'agriculture, les marchés, l'artisanat, les sages-femmes et les nourrices.

La religion romaine était dominée par les hommes, mais il y avait des exceptions notables où les femmes jouaient un rôle plus public, comme les prêtresses d'Isis (à l'époque impériale) et les Vestales. Ces dernières servaient pendant 30 ans dans le culte de Vesta et participaient à de nombreuses cérémonies religieuses, accomplissant même des rites sacrificiels, un rôle généralement réservé aux prêtres masculins. Il existait également plusieurs fêtes féminines, comme la Bona Dea et certains cultes urbains, par exemple celui de Cérès. Les femmes avaient également un rôle à jouer dans le judaïsme et le christianisme mais, une fois encore, ce sont les hommes qui débattaient de ce que ce rôle pouvait comporter.

Les autres femmes

Les femmes romaines pouvaient être divisées (pas toujours de manière absolument claire) entre celles qui étaient considérées comme respectables et celles qui ne l'étaient pas. De nombreux hommes romains avaient la position quelque peu hypocrite selon laquelle les membres féminins de leur famille devaient être honorables et chastes, gardiennes de la moralité, alors qu'en même temps ils étaient plus que disposés à recourir aux services de maîtresses et de prostituées.

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Sex in Pompeii
Sexe à Pompéi
CFCF (Public Domain)

Pour rappeler à chacun qui était qui, les vêtements devinrent un outil utile. Les femmes respectables portaient une longue robe ou stola, un manteau (palla) et avaient des épingles dans les cheveux (vittae) tandis que les prostituées portaient une toge. Si une femme respectable était reconnue coupable d'adultère, l'une des punitions était de porter la toge. Il est intéressant de constater que les femmes étaient considérées comme appartenant à l'un ou l'autre groupe (il n'y avait pas de troisième catégorie) mais que, dans le même temps, il était nécessaire de les identifier par des signes visuels pour éviter toute confusion embarrassante. La distinction entre ces deux groupes n'est pas seulement morale, car les prostituées et les autres femmes des classes inférieures avaient encore moins de droits que les femmes d'un statut social plus élevé. Les prostituées et les serveuses, par exemple, ne pouvaient pas engager de poursuites pour viol et le viol des esclaves était considéré comme un simple dommage matériel subi par le propriétaire.

Agrippina The Younger
Agrippine la Jeune
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Femmes romaines célèbres

Certaines femmes romaines s'élevèrent au-dessus du rôle limité de gardienne de la famille et du foyer prescrit par la société et atteignirent des positions de réelle influence. Hortensia est l'une des plus anciennes. En 42 av. JC, elle prononça un discours célèbre sur le Forum de Rome, défiant la proposition du triumvirat de taxer la richesse des femmes les plus riches de Rome pour financer la guerre contre les assassins de César. D'autres femmes qui provoquèrent des remous dans les eaux publiques sont Cornelia (mère des frères Gracchi), Servilia (demi-sœur de Caton et mère de Brutus) et Fulvia (épouse de Marc-Antoine). Avec l'arrivée des empereurs, leurs mères, leurs épouses, leurs sœurs et même leurs filles pouvaient exercer une influence politique importante et les grands projets de construction étaient souvent parrainés et dédiés à ces femmes. L'une des plus célèbres épouses d'empereur fut Julia Domna (170-217 de notre ère), épouse de Septime Sévère et mère de Caracalla. Julia reçut le titre d'Augusta et fut un mécène réputé des arts, en particulier de la littérature et de la philosophie. Au cours de sa vie mouvementée, elle fut également prêtresse en Syrie, voyagea en Grande-Bretagne et, lorsque Caracalla devint empereur, elle reçut le titre impressionnant de "mère du sénat et de la patrie". Dans l'Antiquité tardive, il y eut la femme philosophe la plus célèbre de l'époque antique, Hypatie d'Alexandrie. Elle écrivit plusieurs traités et prit la tête de l'école néoplatonicienne de la ville égyptienne, mais fut brutalement assassinée par une foule chrétienne en 415 de notre ère.

Conclusion

Le droit romain et les normes sociales favorisaient donc fortement les hommes, mais l'application pratique de ces lois et attitudes dans des cas spécifiques est souvent difficile à déterminer, d'autant plus que la quasi-totalité des sources sont issues du point de vue des hommes, et de l'élite de surcroît. Il semble évident que les femmes étaient considérées comme inférieures en termes juridiques, mais il existe également d'innombrables textes, inscriptions et même des portraits sculptés idéalisés qui montrent que l'homme romain appréciait, admirait et même craignait les femmes et leur rôle dans la vie quotidienne. Les hommes romains ne considéraient pas les femmes comme leurs égales, mais ils ne les détestaient pas non plus. L'attitude ambivalente des hommes romains à l'égard de leurs femmes est peut-être mieux résumée par les mots de Metellus Numidicus, cités dans un discours d'Auguste lorsque l'empereur s'adressa à l'assemblée: " la nature a fait en sorte que nous ne puissions pas vivre avec elles de manière particulièrement confortable, mais nous ne pouvons pas du tout vivre sans elles ".

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2014, février 22). Le Rôle des Femmes dans le Monde Romain [The Role of Women in the Roman World]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-659/le-role-des-femmes-dans-le-monde-romain/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Le Rôle des Femmes dans le Monde Romain." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le février 22, 2014. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-659/le-role-des-femmes-dans-le-monde-romain/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Le Rôle des Femmes dans le Monde Romain." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 22 févr. 2014. Web. 28 juin 2022.

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