Septième Croisade

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 12 septembre 2018
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Disponible dans ces autres langues: anglais, portugais
Louis IX Departing for the Seventh Crusade (by Unknown Artist, Public Domain)
Louis IX part pour la septième croisade
Unknown Artist (Public Domain)

La septième croisade (1248-1254) fut dirigée par le roi français Louis IX (r. de 1226 à 1270) qui avait pour objectif de conquérir l'Égypte et de s'emparer de Jérusalem, toutes deux alors contrôlées par la dynastie musulmane des Ayyoubides. Malgré le succès initial de la prise de Damiette sur le Nil, l'armée croisée fut mise en déroute à Mansourah en 1250, dans une répétition des événements de la cinquième croisade (1217-1221). Louis fut capturé puis rançonné, mais il resta déterminé à accomplir ses vœux de croisé et lança la huitième croisade en 1270.

Prologue : La chute de Jérusalem

La sixième croisade (1228-1229) avait été menée par l'empereur romain germanique Frédéric II (r. de 1220 à 1250) qui avait réussi à éviter les combats et à négocier le contrôle de Jérusalem avec le sultan d'Égypte et de Syrie, al-Kamil (r. de 1218 à 1238). Quinze ans plus tard, cependant, les troubles reprirent, les successeurs d'al-Kamil se battant pour maintenir l'empire ayyoubide que l'oncle d'al-Kamil, Saladin, avait fondé en 1174. Comme par le passé, certaines villes musulmanes qui n'étaient pas sous le contrôle des Ayyoubides (notamment Damas) continuèrent à former des alliances de convenance avec les États latins du Moyen-Orient.

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Le contrôle ayyoubide du Moyen-Orient fut considérablement renforcé lorsqu'une importante armée latine et ses alliés musulmans de Damas et de Homs furent vaincus à la bataille de La Forbie (alias bataille de Hiribyah) à Gaza le 17 octobre 1244. Plus de 1 000 chevaliers furent tués dans cette bataille, un désastre dont les États latins d'Orient eurent du mal à se remettre par la suite. Jérusalem avait déjà été prise aux chrétiens, cette fois par les alliés ayyoubides, les Khorezmiens (ou Khwaresmiens) nomades, le 23 août 1244. Les chrétiens de la ville sainte avaient été assassinés et les sites sacrés profanés. L'Orient latin, comme on appelle collectivement les États du Levant créés par les croisés, appelèrent l'Occident à l'aide. Le pape Innocent IV (r. de 1243 à 1254) répondit et appela à une nouvelle croisade, la campagne connue aujourd'hui sous le nom de septième croisade. Le chef de l'expédition était Louis IX, roi de France. Des personnalités de l'Église effectuèrent les tournées de prédication habituelles pour rassembler des recrues dans toute l'Europe, bien que la France ait été le principal fournisseur. Les principaux nobles européens participant à l'expédition furent Henri Ier de Chypre (r. de 1218 à 1253), Raymond VII de Toulouse, le duc Hugues IV de Bourgogne, le comte Guillaume de Flandre et le propre frère de Louis, Alphonse de Poitiers. Il semble que les échecs des croisades précédentes n'eussent pas entamé le moral des meilleurs combattants d'Europe.

Selon la légende, Louis IX était gravement malade et la décision de partir en croisade lui aurait miraculeusement rendu la santé.

Louis IX, roi de France

La raison pour laquelle, en décembre 1244, Louis "prit la croix" et décida de quitter son royaume pour le Levant n'est pas claire. Selon la légende, le roi était gravement malade et la décision de partir en croisade lui aurait miraculeusement et instantanément rendu la santé. Les historiens modernes recherchent des motivations moins surnaturelles, comme le désir d'être perçu comme le premier souverain d'Europe, de consolider son royaume en restructurant son administration - une nécessité en raison de sa longue absence - ou simplement la piété pour la cause chrétienne. Ce qui est certain, c'est que le roi décida de former la croisade avant même que le pape ne l'appelle officiellement, tout le contraire de la procédure des croisades précédentes.

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Le roi de France était déterminé à ce que son expédition soit bien financée, et elle le fut, grâce à une série de réformes et de hausses d'impôts, aux revenus de l'église (impôts et dons des fidèles), à la réquisition de "dons" d'au moins 82 villes de France, aux paiements des barons et autres nobles, et à la poche du roi. En 1248, le roi, connu depuis longtemps pour sa politique anti-juive, expulsa tous les Juifs de France et confisqua leurs biens. Aucune pierre (ou tirelire) ne fut négligée, et le roi avait certainement besoin d'une énorme somme d'argent pour financer une entreprise aussi gigantesque. Louis alla même jusqu'à construire la ville fortifiée d'Aigues Mortes, dans le sud de la France, tout spécialement pour permettre à l'armée croisée de se rassembler et de débarquer dans des navires loués à cet effet depuis Gênes et Marseille. Les approvisionnements y étaient également régulièrement rassemblés. La planification de Louis est également attestée par le stockage de marchandises - notamment du blé, de l'orge et du vin - à Chypre, qui seraient collectées en route.

King Louis IX Carrying the Crown of Thorns
Le roi Louis IX portant la couronne d'épines
The Metropolitan Museum of Art (Copyright)

Cette armada partit le 25 août 1248, une force d'environ 10 000 hommes, s'arrêta à Chypre et resta sur l'île pendant huit mois pour se rééquiper et se réapprovisionner. Ce délai permit également à des retardataires de rejoindre l'armée principale depuis l'Europe et les villes du Moyen-Orient d'Acre, Tripoli et Antioche. De plus, Louis bénéficierait de la contribution des ordres militaires basés au Levant, les Chevaliers Hospitaliers, les Templiers et les Chevaliers Teutoniques. À l'été 1249, l'armée fut enfin prête à se lancer dans la croisade. Louis écrivit au sultan d'Égypte, exprimant avec audace son intention de ne pas se contenter de reprendre Jérusalem, mais de conquérir toute l'Égypte et le Levant:

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Je prendrai d'assaut votre territoire, et même si vous juriez allégeance à la croix, je ne changerais pas d'avis. Les armées qui m'obéissent couvrent montagnes et plaines, elles sont aussi nombreuses que les cailloux de la terre, et elles marchent sur vous en empoignant les épées du destin.

(cité dans Maalouf, 227)

Al-Salih, Sultan d'Egypte

La dynastie ayyoubide était alors dirigée par al-Salih Ayyub (r. en 1240 et de 1245 à 1249), le deuxième fils d'al-Kamil, son prédécesseur en tant que sultan d'Égypte. Tout comme son père, al-Salih avait du mal à garder le contrôle de ses territoires en raison des rivalités entre les chefs musulmans et même les princes ayyoubides. En outre, l'Empire mongol s'étendait de plus en plus vers l'ouest et semblait inarrêtable. En effet, Louis IX avait fait quelques ouvertures diplomatiques vers le khan mongol dans l'espoir qu'il pourrait s'avérer un allié utile pour évincer les Ayyoubides d'Égypte et du Levant, mais les Mongols ne s'intéressaient qu'à la conquête, que ce soit de terres chrétiennes ou musulmanes.

Heureusement, pour l'instant, les Mongols restaient une menace future et, en ce qui concernait ses propres affaires internes, al-Salih, pour imposer sa volonté, pouvait compter sur son régiment mamelouk, les Bahris, et sur un très grand nombre de guerriers esclaves turcs Kipchak pris dans la steppe russe. Ainsi, le sultan, déjà renforcé par la victoire de La Forbie, fut en mesure de prendre le contrôle de Damas, depuis longtemps un bastion musulman rebelle, en 1245. Le déclin des États latins d'Orient se poursuivit lorsque Al-Salih s'empara d'Ascalon en 1247.

Map of the Ayyubid Empire
Carte de l'Empire ayyoubide
Arab League (Public Domain)

Damiette

L'armée des croisés de Louis débarqua en Égypte en juin 1249 mais rencontra le premier de ses nombreux problèmes. Les voiliers lourds et à fond profond des occidentaux ne permettaient pas à l'armée de débarquer facilement sur les plages de sable d'Égypte, et les chevaliers étaient donc obligés de patauger dans les bas-fonds. Pendant ce temps, al-Kamil s'était affairé et avait renforcé les fortifications et la garnison de Damiette, la ville forteresse du delta du Nil. Une fois tous rassemblés, l'armée croisée comptait désormais environ 18 000 hommes, dont 2 500 chevaliers et 5 000 arbalétriers. C'était une grande armée pour une seule bataille, mais peut-être pas assez pour conquérir une région entière.

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Il s'avéra que les croisés s'emparèrent de Damiette en juin 1249 avec une facilité surprenante.

Il s'avéra que les croisés capturèrent Damiette en juin 1249 avec une facilité surprenante. La combinaison d'une attaque amphibie et de la supériorité des arbalètes occidentales donna lieu à une victoire remarquablement rapide, compte tenu du mal qu'il avait fallu à l'armée de la Cinquième Croisade pour prendre Damiette en 1218-19. En outre, comme la garnison avait fui dans la panique, les fortifications de la ville restèrent intactes. L'armée principale du sultan, cependant, attendait à une distance sûre de Damiette. Ce n'était que le coup d'envoi de ce qui pourrait être une très long partie.

À l'automne 1249, al-Salih se mourait dans son camp de Mansourah (al-Mansura), sur le delta du Nil, probablement de tuberculose. Les habitants du Caire étaient paniqués par la double perte de Damiette et de leur chef. Peut-être qu'à ce moment-là, si Louis avait frappé au cœur de l'ennemi, il aurait pu obtenir une victoire totale. En fait, le roi français attendait toujours une importante force appartenant à son frère Alphonse qui n'arriverait en Égypte qu'en octobre. Au moins, la crue annuelle du Nil s'était calmée, et la route du Caire était ouverte. Louis, allant à l'encontre du conseil de la plupart de ses nobles de passer l'hiver dans la sécurité de Damiette, se mit en route pour le Caire le 20 novembre 1249.

Mansourah et la défaite

Les croisés progressèrent péniblement le long du Nil, la plupart des troupes marchant le long des rives et les navires qui le pouvaient, transportant une énorme quantité de vivres et d'équipements, suivaient le long du fleuve en luttant contre un vent contraire. C'est à ce moment-là, fin novembre 1249, qu'al-Salih mourut, succombant à sa maladie. Les officiers des Bahris, menés par leur commandant Fakhr al-Din, prirent alors le relais pour poursuivre la guerre contre les Croisés.

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Après 32 jours de marche, l'armée croisée campait en face du camp musulman près de Mansourah, lui-même protégé par un bras de la rivière et des fortifications. Les deux camps utilisèrent alors leurs énormes catapultes pour se bombarder mutuellement avec des tirs d'artillerie. Six semaines de sorties et de bombardements incessants s'ensuivirent. C'était l'impasse. Louis se vit offrir une lueur d'espoir par des transfuges musulmans qui l'informèrent que le camp ennemi pouvait être approché par l'arrière en traversant un gué en aval.

Le 8 février 1250, le roi français passa à l'action et une importante force de chevaliers se rassembla à l'endroit du fleuve indiqué par les informateurs. Bien qu'ils aient dû mettre pied à terre et faire traverser leurs chevaux à la nage, une force avancée de chevaliers atteignit l'autre rive. Puis, leur chef, Robert d'Artois, prit la décision stupide d'attaquer immédiatement le camp ennemi avant que le reste des chevaliers n'aient traversé la rivière derrière lui. Bien que Fakhr al-Din ait été tué lors de la première attaque, la décision irréfléchie de Robert de poursuivre l'armée musulmane en fuite (vers la ville de Mansourah) s'avéra être sa deuxième et dernière erreur. Une fois à l'intérieur de la ville, les chevaliers de Robert furent encerclés et, séparés par les rues étroites, massacrés. L'armée musulmane, se rassemblant après le choc initial, lança alors une contre-attaque contre Louis et sa force de chevaliers qui venaient de traverser la rivière à gué.

Louis IX Captured During the Seventh Crusade
Louis IX capturé lors de la septième croisade
Gustav Doré (Public Domain)

Dans la bataille chaotique et sanglante qui s'ensuivit, Louis réussit tout juste à tenir bon jusqu'à ce que des renforts n'arrivent du camp principal des croisés à la fin de la journée. L'armée ayyoubide se replia vers la sécurité de Mansourah mais restait largement intacte. En outre, à la fin du mois de février, le nouveau sultan et fils d'al-Salih, al-Mu'azzam Turan Shah, était arrivé à Mansourah avec des vivres et des renforts essentiels. Les Croisés, quant à eux, n'avaient aucun moyen de se réapprovisionner, leur camp ayant été coupé de Damiette par une flotte de navires musulmans, et la famine et les maladies ne tardèrent pas à sévir dans leur camp. Finalement, le 5 avril 1250, Louis ordonna la retraite. L'armée occidentale, fortement réduite par la maladie, la famine et les attaques constantes de l'armée ayyoubide, fut, en deux jours, pratiquement anéantie en tant que force efficace. Les croisés restants, à mi-chemin de Damiette, se rendirent et le roi de France, lui-même gravement malade de dysenterie, fut capturé. Louis fut libéré le 6 mai, mais seulement après le paiement d'une importante rançon pour sa personne, une rançon de 400 000 livres tournois pour ce qui restait de son armée capturée, et la reddition de Damiette, tenue par les chrétiens.

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Louis reste sur place

Une fois libéré de ses ravisseurs musulmans, Louis, et c'est tout à son honneur, ne s'enfuit pas chez lui en disgrâce mais resta au Moyen-Orient pendant quatre années supplémentaires. Pendant cette période, il supervisa la refortification de sa base d'Acre, ainsi que des forteresses de Sidon, Jaffe et Césarée. Louis créa également une nouvelle force innovante composée de 100 chevaliers et d'un complément d'arbalétriers. Contrairement aux chevaliers précédents qui étaient en garnison dans des villes ou des châteaux stratégiques particuliers, cette force était utilisée là où elle était le plus nécessaire pour protéger les intérêts latins au Moyen-Orient.

La croisade, bien qu'échec militaire complet, contribua à la chute de la dynastie ayyoubide en Égypte en mai 1250, lorsqu'elle fut évincée par les Mamelouks. Le changement de pouvoir se produisit lorsque le groupe d'officiers mamelouks assassina Tûrân Châh (alias Turquemin). S'ensuivirent dix années d'âpres combats entre les nobles ayyoubides et les généraux militaires, jusqu'à ce que les Mamelouks ne s'affirment en tant que nouveaux seigneurs des anciens territoires ayyoubides, bien qu'Alep et Damas soient restés sous le contrôle des princes ayyoubides.

Retombées

Selon des estimations prudentes, la Septième Croisade coûta à Louis IX la somme colossale de 1,5 million de livres tournois, soit environ six fois son revenu annuel en tant que roi de France. Malgré les coûts matériels et les dangers physiques, Louis IX reprendra l'action des croisés à l'autre extrémité de son long règne, lorsqu'il dirigera la huitième croisade en 1270. Il attaqua également les villes tenues par les musulmans en Afrique du Nord et en Égypte, mais fut également infructueux. Louis mourut au cours de cette croisade, à Tunis, le 25 août 1270, et il fut sanctifié pour ses efforts de croisade.

En 1258, les Mongols prirent Bagdad, le siège du califat abbasside, et deux ans plus tard, également Alep et Damas. Ils furent ensuite vaincus par les Mamelouks à la bataille d'Ain Jalut en 1260. La même année, le chef mamelouk Baibars (ou Baybars) devint le sultan d'Égypte et étendit son territoire au Moyen-Orient tout au long des années 1260.

La septième croisade fut donc effectivement la dernière croisade à grande échelle au Levant, et malgré tout l'argent dépensé et les belles armes et armures exposées, ce fut la triste histoire habituelle de leçons militaires non apprises, d'un manque crucial d'équipement approprié au terrain local, et d'une attente désespérément naïve que, avec Dieu de leur côté, ces déficiences seraient surmontées et apporteraient aux chrétiens la victoire sur les infidèles.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un master en philosophie politique et est le directeur d'édition de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2018, septembre 12). Septième Croisade [Seventh Crusade]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17139/septieme-croisade/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Septième Croisade." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le septembre 12, 2018. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17139/septieme-croisade/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Septième Croisade." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 12 sept. 2018. Web. 26 sept. 2022.

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