Runes

Définition

Emma Groeneveld
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 19 juin 2018
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Rök Runestone (by Bengt Olof ÅRADSSON, CC BY-SA)
Pierre runique de Rök
Bengt Olof ÅRADSSON (CC BY-SA)

Les runes sont les lettres de l'alphabet runique des peuples de langue germanique, écrites et lues principalement à partir de c. 160 de notre ère en Scandinavie dans l'écriture du vieux Futhark (jusqu'à environ 700 de notre ère) et du Futhark récent - qui marquèrent l'ère viking (c. 790-1100 de notre ère) - ainsi qu'en Angleterre et en Frise dans le système d'écriture du Futhorc anglo-saxon (également connu sous le nom de Futhorc anglo-frison). En Angleterre, les runes furent peut-être utilisées du Ve siècle jusqu'au début du XIe siècle, tandis qu'en Scandinavie, leur utilisation se prolongea pendant une bonne partie du Moyen Âge et même au-delà.

Conçues pour être inscrites d'abord dans le bois et le métal, pendant l'âge viking, de nombreuses pierres runiques gravées furent érigées dans toute la Scandinavie. Ces pierres runiques, bien que difficiles à déchiffrer, sont d'une valeur absolument cruciale pour nous, car elles constituent la seule source écrite contemporaine de cette période. Les runes germaniques se trouvent dans les régions où des peuples germanophones ont vécu, de l'Islande à la Scandinavie, en passant par l'Angleterre, l'Europe centrale et Constantinople - en gros, les endroits où les tribus germaniques se sont parfois installées, ainsi que tous les endroits où les Vikings sont passés.

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Comment lire les runes

Les runes sont généralement constituées de lignes verticales - une ou plusieurs - avec des "branches" ou des "brindilles" qui saillent en diagonale (et parfois horizontalement) vers le haut, le bas ou en courbe. Elles peuvent être écrites de gauche à droite ou de droite à gauche, les caractères asymétriques étant inversés selon le sens de l'écriture. Chaque rune, dont il existait des versions majuscule et minuscule, représente un phonème (son de la parole) et avait un nom, composé d'un substantif, qui commençait (et dans un cas, finissait) par le son auquel la rune était principalement associée. Il existait de nombreuses variations régionales et temporelles dans la forme des lettres.

Origines et développement

EN L'AN 700 LES VARIATIONS avaient connu un essor fulgurant ET L'ANCIEN FUTHARK SE DIVERSIFIA POUR DONNER NAISSANCE AU FUTHARK RéCENT EN SCANDINAVIE ET AU FUTHORC ANGLO-SAXON EN GRANDE-BRETAGNE ET EN FRISE.

Les origines de l'écriture runique sont entourées d'une bonne dose de mystère. La plus ancienne inscription runique dont nous soyons sûrs est harja (qui peut signifier "peigne" ou "guerrier") qui se trouve sur le peigne de Vimose du Danemark, datée d'environ 160 de notre ère, qui utilise les runes avec tant de confiance et de maturité que les spécialistes pensent qu'elle doit être le résultat d'une expérience d'au moins cent ans d'écriture runique. Cependant, la façon dont cette tradition fut lancée fait l'objet de nombreux débats et spéculations. L'inspiration des alphabets grec et romain, ainsi qu'une origine nord-italienne ou même danoise, furent suggérées. La piste grecque est peut-être la plus probable, compte tenu des ressemblances entre les écritures, et une variante de l'alphabet grec - le grec n'étant pas encore normalisé entre 700 et 400 av. JC - pourrait avoir atteint les germanophones par le biais d'un groupe "intermédiaire", peut-être composé d'Européens de l'Est. La mythologie nordique elle-même nous offre une alternative amusante, en décrivant le dieu Odin obtenant la connaissance des runes après s'être sacrifié à lui-même et s'être suspendu à "l'arbre du vent" pendant neuf nuits sans boire ni manger (Hávamál, 139-140).

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Quoi qu'il en soit, en l'an 500, l'utilisation de l'écriture runique s'était répandue dans tout le monde germanique - de la Norvège, la Suède, du Danemark et de l'Angleterre à des avant-postes en Allemagne, en Russie, en Pologne et en Hongrie - et avait mis par écrit une variété de langues germaniques. Les principales écritures runiques qui finirent par voir le jour sont les suivantes :

  • Vieux Futhark (au moins c. 160-700)
  • Futhark récent (c. 700 - c. 1200)
  • Futhorc anglo-saxon (également appelé Futhorc anglo-frison, c. 5e siècle - c. 1000)
  • Futhork médiéval (entièrement formé vers le 13e siècle).

Dans les plus anciens vestiges runiques retrouvés, la variation est déjà présente, ce qui est lié au fait que l'alphabet runique ne correspond évidemment pas à une seule langue, mais fut utilisé dans divers contextes pour écrire une multitude de langues germaniques parlées sur une vaste zone géographique. Les formes des runes peuvent varier, tout comme l'ordre, l'usage, le support et la disposition, résultant par exemple de différences régionales, sociales ou chronologiques. Il n'existe donc pas d'alphabet runique standardisé. Les variations connurent un essor fulgurant vers 700, époque à laquelle on peut observer une divergence entre le vieux Futhark , auparavant assez uniforme, et le Futhark récent à caractères réduits en Scandinavie, qui se cristallisera plus tard en Futhork médiéval, et le Futhorc anglo-saxon plus élaboré, en Grande-Bretagne et en Frise.

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Vimose Comb
Peigne de Vimose
Nationalmuseet, Roberto Fortuna og Kira Ursem (CC BY-SA)

Vieux Futhark

Le vieux Futhark est la plus ancienne écriture runique classifiée et fut utilisée jusqu'à c. 700 dans le monde germanique. Avec ses 24 caractères et une étonnante uniformité, elle est désignée par les six premiers caractères de l'alphabet (f-u- þ (th)-a-r-k). Les runes sont regroupées en trois rangées de huit, chaque groupe étant appelé un ætt (pl. ættir), et chaque rune fut désignèe d'après des choses qui commencent (ou dans un cas, finissent) par ce son. Bien que des manuscrits préservés des 9e et 10e siècles nous aient donné les noms des runes du Futhark récent et anglo-saxon, nous n'avons pas eu ce luxe en ce qui concerne le vieux Futhark. Cependant, en se basant principalement sur les noms du Futhark récent, complétés par des noms anglo-saxons et même gothiques, les noms des runes du vieux Futhark ont été reconstitués au mieux de nos connaissances actuelles.

Le vieux Futhark fut utilisé pour écrire le proto-germanique, le proto-norse, le proto-anglais et le proto-haut allemand - donc il fut géographiquement très répandu - et il survit aujourd'hui dans un peu moins de 400 inscriptions (trouvées jusqu'à présent), dont la plupart présentent une usure considérable et ne sont que partiellement lisibles. Il est probable que ce nombre ne représente qu'une fraction du total réel ; le reste a dû se perdre dans le temps et l'espace. Pour commencer, on les trouve sur le bois - qui, bien sûr, résiste mal à l'épreuve du temps - et sur le métal sous forme de noms. Les surfaces les plus populaires étaient le matériel militaire, les pièces de monnaie et les bijoux tels que les bractéates, les broches ou les peignes, ainsi que les pierres runiques typiquement scandinaves, dont certaines étaient en vieux Futhark par opposition au Futhark récent, beaucoup plus fréquemment représenté par la suite. Bien que la Scandinavie, l'Allemagne du Nord et l'Europe de l'Est aient été les premiers foyers de ces objets, après c. 400, l'Angleterre, les Pays-Bas et l'Allemagne du Sud rejoignirent le club. Parce qu'elle se concentre principalement sur la propriété et ne montre aucun lien visible avec la société en général, l'écriture runique dans les sociétés jusqu'à c. 700 est supposée ne pas avoir eu de fonction centrale.

Malgré la nature largement uniforme du vieux Futhark, des variations existaient aussi cependant, et il est important de réaliser que la rangée de runes généralement présentée pour le vieux Futhark aujourd'hui n'est en fait qu'une ligne principale. Voici la série de runes du vieux Futhark la plus courante, en commençant par la rune, sa translittération, son nom déduit (proto-germanique) et la signification de ce nom :

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  • ᚦ þ ('th') *þurisaz "géant"
  • ᚨ a *ansuz "un des Æsir (dieux)".
  • ᚱ r *raiðō "chevaucher"/"voyage"
  • ᚲ k *kaunan "ébullition"/"boursouflure" (ou peut-être "torche").
  • ᚷ g *gebō "cadeau
  • ᚹ w *wunjō "joie"
  • ᚺ h *hagalaz "grêle"
  • ᚾ n *nauðiz "besoin"/"urgence"/"désespoir"
  • ᛁ I *īsaz "glace".
  • ᛃ j *jēra "année", mais généralement "récolte"/"bonne récolte".
  • ᛈ p *perðō ? "poirier" ? (uncertain)
  • ᛇ ï/æ ? *eihaz/ei(h)waz "if" (arbre) mais attestation très confuse.
  • ᛉ z *algiz ? "élan"
  • ᛊ s *sōwilō "soleil"
  • ᛏ t *tīwaz/*teiwaz "Týr" (le dieu)
  • ᛒ b *berkanan "bouleau"
  • ᛖ e *ehwaz "cheval"
  • ᛗ m *mannaz " homme"
  • ᛚ l *laguz "lac" (ou peut-être "poireau")
  • ᛜ ŋ ('ng') *ingwaz "Ing" (/Yngvi, ancien nom du dieu Freyr)
  • ᛞ d *dagaz "jour"
  • ᛟ o *ōþala/*ōþila "propriété héritée"/"possession".
Le Futhark récent fut à l'origine du big bang des inscriptions runiques : le nombre d'inscriptions augmenta considérablement, avec des runes sur des pierres qui parsèment le paysage.

Le Futhark récent

Après l'an 700 environ, en Scandinavie, le vieux Futhark fut adapté en Futhark récent, une écriture utilisée pour écrire le vieux norrois, la langue de l'ère viking. Huit des 24 caractères originaux furent abandonnés et beaucoup d'autres furent simplifiés ou changèrent de forme, sans compter sur une plus ample variété généralisée. C'est surtout le support de nos seules sources écrites (scandinaves) de l'âge viking. Les runes qui furent abandonnées sont ᚷ, ᚹ, ᛇ, ᛈ, ᛖ, ᛜ, ᛟ, et ᛞ - translittérées en g, w, ï/æ, p, e, ŋ, et d. Les ættir, ou groupes runiques, connus du Futhark ancien, restèrent en place, devenant maintenant des groupes de six, six, et quatre, respectivement. Dans le Futhark récent, les runes avaient plus d'un son possible qui leur été attaché, ne faisant plus spécifiquement la distinction entre les consonnes sourdes et sonores telles que k et g, qui étaient toutes deux écrites avec la rune ᚴ. Les voyelles aussi furent touchées, leur valeur devant être glanée dans le contexte où elles se trouvaient. Cela rendit cette écriture runique assez difficile à lire (pour nous, aujourd'hui, du moins).

Il semble que cette nouvelle écriture ait été adoptée à la vitesse de l'éclair, peut-être en raison d'un effort délibéré, mais probablement au moins sous l'influence de changements dans la langue ou dans les sons. Michael Barnes nous explique comment,

...au début du huitième siècle, tous les sculpteurs de runes, ou presque, utilisaient les seize mêmes runes - un exemple remarquable d'unité en l'absence apparente d'autorité centrale pour la promouvoir. Mais l'unité n'allait pas plus loin. Lorsqu'il s'agissait de réaliser un grand nombre des seize runes, une politique beaucoup plus ouverte prévalait. Certains sculpteurs expérimentèrent avec leur forme, simplifiant de nombreux caractères. D'autres résistèrent au changement, ou n'en étaient pas conscients. Différentes traditions se développèrent. (63)

Au Danemark, par exemple, ils préféraient une version "longue branche" de l'écriture runique, alors qu'en Norvège et en Suède ils s'en tenaient à la "courte branche", et dans la région du Hälsingland en Suède, il fut même développé un ensemble de runes - les runes du Hälsingland- dépourvues de hastes (barre verticale) sauf en ce qui concernait la rune -i. La rangée de runes donnée ci-dessous pour le Futhark récent est donc un composite montrant les formes les plus courantes ; la rangée commence par la rune, puis sa translittération, son nom (en vieux norrois) et la signification de ce nom :

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  • ᚠ f/v fé "richesse"/"bétail"
  • ᚢ u/w, y, o, ø úr "scories de la production de fer"/"pluie (tempête)".
  • ᚦ ᚦ, ð ('th') ᚦurs ('thurs') "géant".
  • ᚬ o, æ áss/óss "Æsir"/"estuaire"
  • ᚱ r reið "ride"/("véhicule")
  • ᚴ k, g kaun "ulcère"/"furoncle"
  • ᚼ h hagall "grêle"
  • ᚾ n nauðr "besoin"/"menace"/"urgence".
  • ᛁ I, e ísa/íss "glace"
  • ᛅ a, æ ár "année", généralement "bonne année"/"bonne récolte".
  • ᛋ s sól "soleil"
  • ᛏ t, d Týr "Týr" (le dieu), également utilisé pour tout dieu
  • ᛒ b, p björk/bjarkan/bjarken "bouleau"
  • ᛘ m maðr "homme"/"personne"
  • ᛚ l lǫgr (lögr) "lac" ou petite étendue d'eau
  • ᛦ r yr "if", ou peut-être "orme".

Le Futhark récent fut à l'origine du big bang des inscriptions runiques : le nombre d'inscriptions connues augmenta considérablement dans la Scandinavie de l'ère viking après l'an 700, avec des runes trouvées sur des grandes et petites pierres souvent décorées qui parsèment le paysage. Ces pierres ont permis de porter le nombre total d'inscriptions runiques scandinaves à près de 3 000 durant cette période, ce qui contraste fortement avec les 400 inscriptions du Futhark ancien. Tous supports confondus, les inscriptions nous renseignent sur la propriété ou l'héritage, la politique (luttes de pouvoir, raids et conquêtes, ou grandes invasions), la religion (y compris le christianisme et sa propagation), les voyages (à l'intérieur des terres mais aussi à l'étranger), la littérature et les mythes.

Runestone from Hagby, Sweden
Pierre runique de Hagby, Suède
Berig (GNU FDL)

Les pierres runiques, en particulier, servaient généralement à commémorer et à célébrer les morts, et s'en tenaient principalement à une formule similaire du type "X (et Y) ont élevé cette pierre en mémoire de Z, leur parent" (Le Monde des Vikings, 283), en ajoutant parfois une nécrologie, une prière ou une signature, ou en déclarant que le défunt était un bon guerrier, fermier ou mari, ou en indiquant aussi son statut. Un bon exemple courant serait l'inscription runique Helland 3 du Rogaland dans le sud-ouest de la Norvège, provisoirement datée du début du 11ème siècle, qui est transcrite comme suit :

þurmurþr:risti:stin:þãnã|aft:þrunt:sunsin

Þormóðr a élevé cette pierre pour Þróndr, son fils (Barnes, 71).

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Cependant, le déchiffrage des pierres runiques n'était pas simple, car les mots n'étaient pas toujours séparés (par des points ou des doubles points entre les lettres) ; les runes étaient parfois complètement omises.

Les pierres runiques et les fragments de pierres runiques de l'âge Viking sont répartis de manière inégale en Scandinavie et apparaissent dans une variété de sources. Elles apparaissent autour des parties habitées de la Norvège (environ 60), dans des points névralgiques du nord-est du Jutland au Danemark, ainsi qu'à Bornholm et dans le sud de la Scanie (environ 220), et en Suède (environ 2600 pierres), principalement dans les provinces autour du lac Mälaren, l'Östergötland, le Västergötland, le Småland, l'Öland et le Gotland totalisant également une centaine de pierres. En dehors de la Scandinavie, on trouve environ 50 pierres runiques (fragments compris). La datation des pierres runiques peut s'avérer difficile, surtout lorsqu'elle se base uniquement sur la langue, mais une méthode utilisant les types d'ornementation, développée en 2003 par Anne-Sofie Gräslund, s'est avérée vraiment utile.

Les pierres soulèvent également la question de l'alphabétisation: comme l'explique Michael Barnes,

...nous n'avons aucune idée du nombre de Scandinaves de l'ère viking qui savaient lire les runes, mais il devait y en avoir un certain nombre qui expliquerait le fait d'avoir des inscriptions commémoratives gravées dans la pierre et placées dans des lieux publics. (88)

Certaines sont même signées par leur(s) sculpteur(s) (pour qui cela devait être une compétence spécifique) ; les trois plus célèbres et les plus attestés aujourd'hui sont Asmund, Fot et Öpir. Bien que les commanditaires aient été principalement des hommes et que les pierres aient surtout été destinées aux hommes, Anne-Sofie Gräslund explique qu'"un examen plus approfondi de tout le matériel d'inscription de l'Uppland révèle que les femmes sont assez souvent mentionnées dans les textes, soit en tant qu'éleveuses, soit en tant que personnes commémorées, seules ou avec des hommes" (Vikings. The North Atlantic Saga, 68).

Gilt Silver Fitting, Possibly Seax Sheath
Accessoire en argent doré, probablement une gaine de seax.
BabelStone (Public Domain)

Le Futhorc anglo-saxon

Contrairement à la réduction des caractères du Futhark ancien par le Futhark récent, en Grande-Bretagne et en Frise (dans ce qui est maintenant les Pays-Bas), les choses allèrent dans la direction opposée. On peut soutenir que dès le 5ème siècle de notre ère, des runes furent ajoutées - entre quatre et huit - dans cette écriture connue sous le nom de Futhorc anglo-saxon (ou Fuþorc, synonyme de Fuþorc anglo-frison). Les Anglo-Saxons et les Frisons se mirent d'accord pour ne pas être d'accord sur certains points d'usage plus subtils cependant, et les runes anglo-saxonnes variaient en fonction de leur ancienneté.

Les runes furent utilisées pour écrire le vieil anglais et le vieux frison, le frison n'utilisant pas les deux dernières runes de la rangée de runes ajoutée pour l'usage du vieil anglais. Moins de 200 inscriptions - principalement sur des objets personnels, des armes, des croix de pierre et des pièces de monnaie - ont été trouvées. Du 7e siècle au 9e siècle, les runes médiévales apparaissent sous forme de légendes de pièces de monnaie, ce qui laisse supposer une application pratique de l'écriture. En Angleterre, le christianisme entra en scène au 7e siècle et laissa aussi son empreinte sur le futhorc, en innovant et en standardisant (principalement visible dans les runes ᚣ et ᛠ utilisées pour /y/ et /æe/) probablement lors d'une réforme voulue. Sauf dans les manuscrits, le latin était utilisé côte à côte avec les runes. Les runes anglo-saxonnes résistèrent au moins jusqu'à la fin du 10e siècle, après quoi leur utilisation semble s'arrêter. Une rangée de runes composite montrant des versions courantes du Futhorc anglo-saxon peut être donnée comme suit, en commençant par la rune, sa translittération, son nom en vieil anglais et la signification de ce nom :

  • ᚠ f feoh "richesse"
  • ᚢ u ūr "aurochs"
  • ᚦ þ, ð (son th) þorn "épine"
  • ᚩ o ōs "un des dieux", également "bouche".
  • ᚱ r rād "monter".
  • ᚳ c cēn "flambeau"
  • ᚷ g gyfu "don"
  • ᚹ p, w pynn "hilarité"
  • ᚻ h hægl "grêle"
  • ᚾ n nȳd "besoin"
  • ᛁ I īs "glace"
  • ᛄ j gēr "année", typiquement "récolte".
  • ᛇ eo/ɨ ēoh "if" (arbre)
  • ᛈ p peorð inconnu, mais peut-être "poirier".
  • ᛉ x eolh "carex des élans"
  • ᛋ s sigel "soleil".
  • ᛏ t Tīƿ "gloire"
  • ᛒ b beorc "bouleau"
  • ᛖ e eh "cheval
  • ᛗ m mann "homme"
  • ᛚ l lagu "lac"
  • ᛝ ŋ (son-ng) le héros "Ing".
  • ᛟ œ ēðel "domaine hérité".
  • ᛞ d dæg "jour"
  • ᚪ a āc "chêne"
  • ᚫ æ æsc "frêne"
  • ᚣ y ȳr "arc"
  • ᛡ ia, io/y īor "anguille"
  • ᛠ ea ēar "tombe"

Futhork médiéval

En Scandinavie, entre la fin du 10e siècle et environ 1200, le Futhark récent fut progressivement adapté en Futhork médiéval, qui au 13e siècle avait pris une forme assez cohérente. En s'en tenant principalement aux 16 runes du Futhark récent, ils ajoutèrent quelques éléments supplémentaires aux runes elles-mêmes - en particulier sous la forme de points qui distinguent une valeur sonore spécifique des autres sons représentés par la rune non marquée. Une rune avec points n'était pas considérée comme une nouvelle rune, mais comme une partie de ses partenaires non marqués. Le son ð (l'anglais moderne "th" dans "weather"), par exemple, ne figure pas dans la rangée de runes ci-dessous, car il s'agit de la version ponctuée (ᚧ) de la rune ᚦ (qui représente þ ("th" en anglais "thin").

Enfin, au 13ème siècle, dans un effort d'éloignement du monde confus du Futhark récent, le Futhorc médiéval commença à doubler certaines runes consonnes au lieu de les omettre. Les runes liées (ligatures de deux runes ou plus) gagnèrent également en popularité, probablement sous l'influence du latin, qui aimait écrire des choses comme "æ" et "œ" et qui profita du christianisme qui convertit la Scandinavie autour de l'an 1000. L'ordre des runes dans la liste fut alors modifié, passant de m-l à l-m. Les runes subsitèrent, désormais accompagnées d'un alphabet romain, tout au long du Moyen Âge, et furent utilisées dans des documents tels que des lettres personnelles, des étiquettes de marchands, des amulettes et des manuscrits (parfois mélangées au latin). Une rangée de runes médiévales courantes de Futhork peut être donnée comme suit, en indiquant la rune et sa translittération :

  • ᚠ f
  • ᚢ u
  • ᚦ þ ('th')
  • ᚮ o
  • ᚱ r
  • ᚴ k
  • ᚼ h
  • ᚿ n
  • ᛁ i
  • ᛆ a
  • ᛌ, ᛋ s
  • ᛐ t
  • ᛒ b
  • ᛘ m
  • ᛚ l
  • ᛦ (ᚤ, ᛨ) i
  • ᛂ e
  • ᛅ, ᛆ æ
  • ᚯ ø
  • ᚵ g
  • ᛑ d
  • ᛔ (ᛕ) p
  • ᛋ z, c

Autres

La flamme runique resta allumée après la période médiévale. Les runes médiévales restèrent en usage, de plus en plus influencées par le latin, dans la province suédoise de Dalarna du 16e au 20e siècle, ses formes particulières étant connues sous le nom de runes dalécarliennes. Nous pouvons conclure que les runes sont tenaces, cela est certain ; l'utilisation des runes modernes a même fait son entrée dans le paganisme moderne, et elles apparaissent largement dans un contexte fantastique. Mon utilisation préférée est celle qui inspira l'écriture elfique connue sous le nom de Cirth, telle que développée par J.R.R. Tolkien dans son univers Le Seigneur des Anneaux.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Emma Groeneveld
Emma a étudié l'histoire, l'histoire ancienne. Pendant sa maîtrise, elle s'est concentrée sur Hérodote ainsi que sur les détails croustillants de la politique des cours de l'antiquité, mais plus récemment, elle s'est plongée dans tout ce qui est préhistorique.

Citer cette ressource

Style APA

Groeneveld, E. (2018, juin 19). Runes [Runes]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17094/runes/

Style Chicago

Groeneveld, Emma. "Runes." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le juin 19, 2018. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17094/runes/.

Style MLA

Groeneveld, Emma. "Runes." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 19 juin 2018. Web. 18 août 2022.

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