Hasdrubal Barca

Définition

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 05 avril 2018
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Hasdrubal Barca [Artist's Impression] (by Creative Assembly, Copyright)
Hasdrubal Barca [Impression d'artiste]
Creative Assembly (Copyright)

Hasdrubal Barca (c. 244-207 av. J.-C.) était le frère cadet du général carthaginois Hannibal (247-183 av. J.-C.) et commandait les forces de Carthage contre Rome en Espagne pendant la deuxième guerre punique (218-202 av. J.-C.). Ils étaient tous deux, avec un autre frère nommé Magon, les fils du général Hamilcar Barca (c. 285 - c. 228 av. J.-C.) qui dirigea les armées carthaginoises pendant la première guerre punique (264-241 av. J.-C.). Rome remporta la première guerre contre Carthage et imposa de lourdes conditions à la ville, ce qui conduisit Hannibal à déclencher la deuxième guerre punique.

Bien que les efforts d'Hasdrubal aient régulièrement été éclipsés par les brillantes tactiques militaires de son frère, le jeune frère était lui aussi un chef et un stratège de talent qui remporta un certain nombre de victoires importantes contre Rome et rallia des alliés à la cause carthaginoise. Il maintint la force carthaginoise en Espagne tandis qu'Hannibal menait le combat contre les Romains en Italie grâce à sa célèbre marche sur les Alpes, retourna en Afrique pour repousser une attaque de Syphax de la tribu numide des Massæsyles (alliée de Rome à l'époque), et fut à l'origine de la victoire militaire contre les frères Scipion de Rome lors de la bataille du Bétis en 211 av. J.-C., la seule victoire terrestre de Carthage dans toute la guerre qui ne fut pas menée par Hannibal.

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Parallèlement, cependant, sa réputation est marquée par des oublis et des erreurs importantes. Il permit à Scipion l'Africain de prendre Cartago Nova en Espagne (actuelle Carthagène) en fortifiant mal la ville, la croyant probablement imprenable, il passa trop de temps en Italie à assiéger la ville de Plaisance et, surtout, il laissa des informations sur ses plans, sa position et la force de son armée tomber entre les mains des Romains pendant sa marche pour rejoindre son frère en Italie. Cette dernière erreur de jugement conduirait à sa défaite et à sa mort lors de la bataille du Métaure en 207 avant Jésus-Christ.

Enfance et deuxième guerre punique

Hasdrubal grandit dans le palais familial à Carthage, fils d'un général à la réputation illustre pour son leadership pendant la première guerre punique. Même si Carthage fut vaincue, Hamilcar Barca n'eut pas à rougir de sa défaite. Il fut rappelé pour réprimer la révolte des mercenaires en 241 avant J.-C. et reçut le commandement de l'expédition carthaginoise en Espagne en 237 avant J.-C.

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Hannibal n'avait que neuf ans lorsque son père lui demanda de participer à cette expédition et, selon l'historien antique Tite-Live, lui fit jurer sur l'autel qu'il resterait toujours un ennemi de Rome. Hamilcar emmena alors son fils aîné avec lui en campagne, ainsi que son gendre Hasdrubal le Beau (c. 270-221 av.J.-C.), et laissa sa femme et ses jeunes enfants à Carthage. À un certain moment, Hamilcar dut demander à son fils cadet de le rejoindre car Hasdrubal Barca est signalé comme étant présent, avec Hannibal, à la bataille d'Héliké (alias bataille d'Ilice) en 228 av. J.-C. lorsque Hamilcar fut tué.

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Le commandement des forces ibériques passa alors à Hasdrubal le Beau sur ordre du Sénat de Carthage qui considérait Hannibal trop jeune. Hasdrubal le Beau négocia les frontières de l'Espagne avec les Romains, plaçant la frontière entre les territoires au niveau de l'Èbre. Hasdrubal le Beau fut assassiné en 221 avant Jésus-Christ, et Hannibal prit alors le contrôle des opérations militaires. Hannibal donna à Hasdrubal son propre commandement, et c'est à ce moment qu'Hasdrubal fit son entrée dans l'histoire.

Hannibal Barca Statue
Statue d'Hannibal Barca
Carole Raddato (CC BY-SA)

La deuxième guerre punique est connue par les historiens romains sous le nom de "guerre d'Hannibal" car c'est lui qui la déclencha et la définit. Le traité qui mit fin à la première guerre punique stipulait que Carthage pouvait conserver ses territoires en Espagne mais qu'elle était encouragée à les utiliser pour augmenter le tribut qu'elle devait payer à Rome. En fait, l'expédition d'Hamilcar en Espagne avait été (officiellement, du moins) envoyée expressément dans ce but.

Les habitants de la ville de Saguntum en Espagne (Sagonte actuelle) craignaient la présence croissante des Carthaginois et envoyèrent des messagers à Rome pour demander leur protection. Lorsqu'une délégation romaine se présenta à Hannibal lui demandant de laisser Saguntum tranquille, il répondit qu'on ne pouvait pas faire confiance aux Romains pour traiter équitablement avec les habitants de la ville et refusa leur demande. Il marcha alors sur la ville et la prit, renversant le gouvernement que les Romains y avaient installé ce qui marqua le début de la deuxième guerre punique.

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Les campagnes espagnoles d'Hasdrubal

Hannibal organisa ses forces en plaçant les personnes les plus proches de lui aux postes de commandement. L'expert Richard Miles note comment, au sommet de l'armée, "se trouvait un cercle restreint de conseillers clés issus principalement du clan Barcide, dont les deux frères d'Hannibal, Magon et Hasdrubal, et son neveu Hannon" (237). Hannibal comprit que le meilleur moyen de gagner la guerre était de porter le combat contre les Romains en Italie et il se prépara donc à faire passer son armée par les Alpes.

Selon Tite-Live, il confia à Hasdrubal une armée de 11 850 fantassins autochtones, 450 cavaliers, 21 éléphants, 1 800 fantassins numides et maures et 57 navires de guerre. Hannibal fit marcher son armée vers les Alpes en avril 218 av. J.-C., et Hasdrubal se mit immédiatement au travail pour construire des défenses dans toute l'Ibérie, y compris de hautes tours de guet et un système de signaux pour avertir de l'approche d'une attaque.

Le système d'alerte d'Hasdrubal fonctionnait bien, mais ne pouvait pas le prévenir de toutes les éventualités. À l'automne 218 av. J.-C., Gnaeus Cornelius Scipio (265-211 av. J.-C.) vainquit les troupes d'Hannon, en infériorité numérique, à la bataille de Cissa et établit une solide base d'opérations pour les forces romaines dans la région. Hasdrubal arriva à la bataille trop tard pour aider à renverser la vapeur mais harcela les forces romaines du mieux qu'il put par la suite et attaqua leur flotte, la réduisant presque de moitié.

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Campaigns of the Second Punic War
Campagnes de la seconde guerre punique
YassineMrabet (GNU FDL)

En 217 av. J.-C., Hasdrubal lança une attaque navale contre les forces de Scipion sur l'Èbre dans le but de couper les lignes de communication romaines et de paralyser leur flotte. Bien que l'engagement ait semblé initialement prometteur, les alliés romains de Massalia (Marseille actuelle) connaissaient les tactiques navales carthaginoises et les utilisèrent contre eux. Les Carthaginois gagnaient depuis longtemps les batailles navales en conduisant leurs navires contre l'adversaire comme s'ils voulaient l'attaquer, puis en les dépassant pour faire demi-tour et éperonner le navire ennemi. Les Massaliotes le savaient et disposèrent leurs navires de guerre en formation, ceux de devant servant d'écran aux autres navires derrière eux. Lorsque les navires carthaginois naviguèrent entre les navires massaliotes, ces navires de réserve furent capables de les attaquer avant qu'ils ne puissent faire leur demi-tour traditionnel. Hasdrubal perdit la majeure partie de la flotte carthaginoise dans cette bataille et battit en retraite sans s'engager davantage sur terre.

À la suite de cette victoire, les Romains envoyèrent le général Publius Cornelius Scipio (mort en 211 avant J.-C.) rejoindre son frère Gnaeus en Espagne, et tous deux augmentèrent la pression sur Hasdrubal. Ils s'emparèrent de Saguntum et libérèrent un certain nombre d'otages importants détenus par les Carthaginois, ce qui contribua à gagner le soutien des tribus ibériques. En 216 avant J.-C., certaines de ces tribus se rebellèrent contre la domination carthaginoise et Hasdrubal dut détourner son attention des Romains pour faire face à ces soulèvements.

Alors qu'Hasdrubal défendait l'Espagne carthaginoise, Hannibal était pris par la conquête des villes italiennes. En août 216 av. J.-C., il remporta sa grande victoire à Cannes, mais depuis son arrivée dans le pays en 218 av. J.-C., il avait vaincu les forces romaines et s'était attiré des alliés. Hannibal avait cependant besoin de plus de soldats pour réussir, et en 215 avant Jésus-Christ, Hasdrubal reçut l'ordre du sénat carthaginois de mener son armée en Italie pour renforcer l'initiative de son frère. Hasdrubal s'y opposa au motif que l'emprise carthaginoise sur l'Espagne était pour l'instant ténue et qu'il faudrait un chef fort et expérimenté pour maintenir le statu quo. Le sénat envoya un officier nommé Himilcon (non pas le célèbre navigateur, comme on le croit souvent) pour prendre le commandement, et Hasdrubal se mit en marche vers l'Italie.

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Avec son frère et Hasdrubal Gisco, Hasdrubal retint l'Espagne contre les Scipions et les empêcha d'aider les troupes romaines en Italie.

Il fut cependant mis en échec par les Romains sous le commandement des Scipions à la bataille de Dertosa au printemps 215 av. J.-C., et fut sévèrement défait. Les Scipions avaient non seulement empêché les renforts d'atteindre Hannibal, mais ils avaient aussi gravement affaibli les forces terrestres carthaginoises en Espagne. Après cette défaite, le sénat carthaginois envoya Magon Barca (243-203 av. J.-C.) et Hasdrubal Gisco (mort en 202 av. J.-C.) en Espagne avec des renforts pour Hasdrubal.

Avec son frère et Hasdrubal Gisco, Hasdrubal retint l'Espagne contre les Scipions et les empêcha d'aider les troupes romaines en Italie. Malgré cela, chaque engagement fut une victoire pour les frères romains. En 213 av. J.-C., Hasdrubal fut retiré d'Espagne pour réprimer l'offensive du roi numide Syphax en Afrique. On dit que les frères Scipio étaient derrière l'attaque de Syphax, espérant une telle réaction du sénat carthaginois. Hasdrubal parti, les Scipions n'avaient plus que Magon et Hasdrubal Gisco à affronter mais, pour une raison que l'on ignore encore, ils ne semblent pas avoir profité de l'occasion.

Lorsqu'Hasdrubal revint en Espagne en 211 avant J.-C., il arriva avec de nouveaux renforts et du matériel et mobilisa les forces carthaginoises avec Magon et Hasdrubal Gisco. Les Scipio, peut-être inconscients de l'ampleur de l'armée rassemblée, divisèrent leurs forces ; Publius dirigea son armée vers les lignes de Magon et Hasdrubal Gisco tandis que Gnaeus alla à la rencontre de celles d'Hasdrubal Barca dans une autre région. Hasdrubal améliora grandement ses chances en offrant aux mercenaires celtibères de l'armée de Gnaeus un gros pot-de-vin afin qu'ils rentrent chez eux. Ils acceptèrent très vite l'argent et partirent, réduisant ainsi encore plus l'armée de Gnaeus. Les Scipio furent vaincus et tués lors de la bataille du Bétis qui s'ensuivit, et les forces romaines furent chassées du champ de bataille.

Scipion l'Africain et Claudius Nero

La mort des Scipio plongea le Sénat romain dans la panique. Hasdrubal tenait désormais l'Espagne et Hannibal semblait inarrêtable en Italie. Aucun général ne voulait de la tâche qui avait tué deux des plus grands généraux romains de leur génération. Un Scipio plus jeune se porta cependant volontaire pour le poste : Scipion l'Africain (236-183 av. J.-C.), fils de Publius et neveu de Gnaeus. Scipion avait participé à la bataille du Bétis ainsi qu'à Cannes et connaissait les tactiques et formations d'Hannibal et d'Hasdrubal. Il fut envoyé en Espagne pour prendre le commandement des forces laissées sur place.

Au même moment, le Sénat remplaça le commandement des Scipio par le proconsul Caius Claudius Nero (c. 237 - c. 199 av. J.-C.) qui avait récemment contribué à la défaite d'Hannibal au siège de Capoue en Italie. Claudius Nero avait déjà participé à la troisième bataille de Nola (214 av. J.-C.), qui avait également été une défaite carthaginoise, et il était donc considéré comme le meilleur homme pour remplacer les frères Scipio si le jeune Scipio n'était pas à la hauteur du nom de la famille. Scipion l'Africain se présenta en Espagne en prenant Cartago Nova et en se présentant, tout comme Hannibal, en tant que libérateur et non comme conquérant. Il se révéla rapidement un chef militaire compétent et un habile administrateur.

Scipio Africanus the Elder
Scipion l'Africain
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Claudius Nero regroupa les forces laissées sans chef après la défaite des Scipio et les mena contre Hasdrubal, le piégeant au défilé des Pierres Noires. Hasdrubal, selon Tite-Live, fut plus malin que Nero en demandant des négociations pour permettre à son armée de passer en toute sécurité après sa reddition. Nero accepta et, chaque jour, Hasdrubal se présentait au camp romain pour discuter tandis que, chaque nuit, il faisait partir en secret de plus en plus d'hommes de son armée à la faveur de l'obscurité. Le dernier jour des négociations, un épais brouillard recouvrait la région au matin et Hasdrubal fit savoir à Nero qu'il ne pouvait pas venir aux pourparlers pour des raisons religieuses. Dès qu'il reçut la confirmation que Nero l'avait excusé, il rassembla le reste de son armée et s'éclipsa. Ce n'est qu'une fois que le brouillard se leva que Nero apprit que toute l'armée carthaginoise s'était échappée.

Nero fut alors rappelé en Italie pour faire face à Hannibal tandis que Scipion poursuit la guerre en Espagne. En 208 av. J.-C., Hasdrubal positionna son armée dans une forte position défensive en dessous de la ville de Baecula et invita Scipion à se joindre à la bataille. Afin d'attaquer Hasdrubal, Scipion devait traverser une petite rivière et ensuite charger sur une pente contre une position fortifiée. Comprenant la gravité des pertes que cela entraînerait, Scipion refusa de jouer selon les règles d'Hasdrubal et conçut les siennes.

Il remarqua qu'il y avait des ravins asséchés de chaque côté du plateau qu'Hasdrubal avait fortifié et donc, une fois la rivière traversée, il envoya une force légèrement armée droit devant et sur la pente mais divisa sa force principale vers les deux ravins. Les Carthaginois se déplacèrent pour faire face au centre et furent écrasés par les deux ailes provenant des ravins ; exactement la même tactique qu'Hannibal avait utilisée pour vaincre les Romains à Cannes en 216 av. Jésus-Christ.

Hasdrubal s'enfuit de Baecula avec les troupes qu'il put sauver et évita Scipion pendant sa fuite d'Espagne. Bien qu'il ait été dit qu'Hasdrubal avait reçu l'ordre du sénat carthaginois de se rendre en Italie, il est plus probable qu'il ait eu l'idée de rejoindre son frère pour s'attaquer à la ville de Rome.

La campagne d'Italie et Métaure

Hasdrubal traversa les Alpes au printemps 207 av. J.-C. et, après avoir atteint l'Italie, commença sa marche vers le sud pour trouver Hannibal. Il a été régulièrement critiqué pour s'être arrêté afin d'assiéger la colonie romaine de Plaisance, car cette manœuvre n'était pas nécessaire compte tenu de l'importance de la jonction des forces d'Hasdrubal avec celles d'Hannibal et ce fut également un échec qui n'accomplit rien d'autre que de perdre un temps précieux. Malgré cela, certains historiens notent qu'Hasdrubal ne pouvait pas se permettre de laisser une position romaine fortifiée derrière lui et qu'il devait également attendre à un endroit bien défini que les troupes gauloises qu'il avait recrutées le rejoignent.

Pendant qu'Hasdrubal était à Plaisance, Hannibal essayait de se diriger vers le nord pour venir à sa rencontre, sans avoir la moindre idée de l'endroit où il se trouvait. Les Romains disposaient de systèmes de communication sûrs et fiables, mais les Carthaginois, eux, n'en avaient aucun. L'expert Ernle Bradford commente :

Hannibal savait seulement qu'Hasdrubal devait à présent avoir franchi les Alpes et Hasdrubal, qui était déjà en Italie, savait seulement qu'Hannibal était quelque part au sud. Les Romains, en revanche, grâce à leurs lignes de communication intérieures et à leurs systèmes d'approvisionnement, étaient dans une excellente position pour tenir leurs deux ennemis loin l'un de l'autre et les attaquer l'un après l'autre avec leurs forces supérieures. (171)

La marche d'Hannibal vers le nord fut stoppée près de Bruttium par Claudius Nero et il dut faire face à un certain nombre d'engagements entre le Bruttium (Calabre actuelle) et la Lucanie. Il ne put se débarrasser de Nero, mais ce dernier ne put pas non plus tenir Hannibal en place. A un certain moment, Hannibal envoya des messagers au nord pour essayer de localiser Hasdrubal et le diriger vers sa position. Hasdrubal reçut les messages et y répondit en envoyant quatre cavaliers gaulois et deux Numides pour livrer sa réponse aussi vite que possible.

Hasdrubal écrivit ces lettres dans sa langue maternelle, sans code, peut-être parce qu'il était pressé. Cela n'aurait pas été un problème s'ils avaient atteint leur destination, mais ce ne fut pas le cas. Les messagers se perdirent en route et furent capturés près de Tarentum et torturés; ils remirent les lettres qui permirent aux Romains de connaître l'emplacement et la force des troupes d'Hasdrubal. Ces renseignements furent transmis à Nero qui mit rapidement un plan en œuvre.

Entre le moment où Hasdrubal avait envoyé ses lettres et celui où les messagers furent capturés, une armée romaine sous le commandement de Marcus Livius Salinator (254-204 av. J.-C.) et L. Porcius Licinius (vers 207 av. J.-C.) l'avait localisé et tenait son armée près de la rivière Métaure en Italie du Nord. Ces informations parvinrent à Nero juste avant les messages d'Hasdrubal. Nero laissa son armée pour garder Hannibal en place et s'éclipsa pendant la nuit avec 6000 légionnaires et 1000 cavaliers. Il s'assura de masquer son départ afin qu'Hannibal ne soit pas conscient de la diminution de ses forces.

Hannibal Riding a War Elephant
Hannibal sur un éléphant de guerre
jaci XIII (CC BY-NC-SA)

Arrivé au Métaure, Nero attendit à nouveau la nuit pour rejoindre les deux autres généraux, logeant ses hommes parmi ceux déjà campés afin qu'il n'y ait pas de nouvelles tentes que l'ennemi pourrait observer et qui l'avertiraient de l'arrivée de renforts. Le camp carthaginois n'était pas à plus d'un demi-mille des Romains, et Hasdrubal l'avait surveillé attentivement afin de connaître la force de l'armée et de savoir à quoi s'attendre en cas de bataille.

Le matin suivant l'arrivée de Nero, Hasdrubal remarqua des chevaux plus maigres dans le camp et des boucliers différents exposés et ordonna à ses hommes de partir en reconnaissance. Ils rapportèrent que tout était comme avant et qu'il n'y avait aucune preuve de l'arrivée de nouvelles troupes, mais ils avaient observé quelque chose d'étrange : lorsque les ordres du matin étaient donnés par la trompette, une seule sonna dans le camp du préteur, mais deux sonnèrent dans le camp du consul. Hasdrubal comprit que cela signifiait qu'il y avait maintenant deux consuls présents et deux consuls voulait dire une force plus importante qu'auparavant.

Hasdrubal avait mis son armée en formation pour livrer bataille mais il s'arrêta net. Il semble qu'il en ait conclu qu'Hannibal avait dû être vaincu et qu'il ne pouvait être que mort, car le consul nouvellement arrivé aurait sans doute été engagé contre lui et n'aurait autrement jamais été libre de rejoindre ces forces. Il donna l'ordre de renoncer à l'attaque et, cette nuit-là, se retira tranquillement vers le fleuve Métaure, avec l'intention probable de le traverser le lendemain matin. Son armée cependant se perdit dans l'obscurité et, au matin, les troupes étaient alignées en une longue ligne désordonnée le long de la rive sud du fleuve.

Nero agit à nouveau de manière décisive en ordonnant une attaque, faisant fi des conseils des deux autres généraux. Hasdrubal disposa son armée en formation du mieux qu'il put et tint les lignes jusqu'à ce que Nero ne fasse reculer ses propres troupes derrière la ligne romaine en marche et les lança contre l'aile droite d'Hasdrubal, la brisant. L'avancée romaine fit d'abord reculer les Carthaginois, mais la retraite se transforma en déroute, et la déroute en massacre. Hasdrubal, réalisant qu'il était vaincu et que son frère était probablement mort, fonça à cheval dans les lignes romaines tout en brandissant son épée; il fut tué.

Conclusion

Ayant neutralisé la menace d'Hasdrubal, Nero fit marcher ses hommes vers le sud et rejoignit son armée. Il n'y avait aucun signe qu'Hannibal ait compris qu'il était parti quelque part. Hannibal attendait toujours des nouvelles de son frère lorsque la cavalerie romaine s'approcha de son camp et lança un objet sombre et rond vers les sentinelles : c'était la tête d'Hasdrubal. Lorsqu'elle fut remise à Hannibal, il aurait dit : " Je vois là le destin de Carthage " (Bradford, 177). Les espoirs qu'avait Hannibal de s'unir à son frère pour une attaque concentrée sur Rome furent anéantis et, faute de renforts, Hannibal reconnut qu'il ne pouvait que continuer à jouer au chat et à la souris avec les Romains.

Scipion l'Africain, qui avait gagné l'Espagne pour les Romains, avait cependant d'autres plans pour Hannibal. Il pensait que s'il menaçait Carthage directement, Hannibal serait rappelé d'Italie pour la défendre et Scipion pourrait le vaincre en Afrique. Le plan de Scipion fonctionna exactement comme il l'avait imaginé : Hannibal fut rappelé avec ses troupes et Scipion le vainquit à la bataille de Zama en 202 avant Jésus-Christ. La deuxième guerre punique était terminée et Rome était le vainqueur.

Hannibal survécut à la bataille et finit par quitter Carthage pour éviter d'être livré à ses ennemis. Continuellement poursuivi par les Romains, il finit par se suicider par le poison à la cour du roi de Bithynie en 183 avant Jésus-Christ, à l'âge de 65 ans. Ses exploits à la guerre devinrent légendaires en son temps, mais Hasdrubal fut beaucoup moins remarqué. Malgré cela, Hasdrubal Barca fut un chef remarquable et exemplaire qui ne fut finalement vaincu que par des généraux qui utilisèrent contre lui les tactiques propres à son frère.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2018, avril 05). Hasdrubal Barca [Hasdrubal Barca]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16817/hasdrubal-barca/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Hasdrubal Barca." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le avril 05, 2018. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16817/hasdrubal-barca/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Hasdrubal Barca." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 05 avril 2018. Web. 07 juil. 2022.

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