Alexis I Comnène

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 12 décembre 2017
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Alexios I Komnenos (by Cplakidas, Public Domain)
Alexis I Comnène
Cplakidas (Public Domain)

Alexios I Komnenos (Alexis I Comnène) fut empereur de l'Empire byzantin de 1081 à 1118. Considéré comme l'un des grands souverains byzantins, Alexis vainquit les Normands, les Petchénègues et, avec l'aide des premiers croisés, les Seldjoukides pour remettre l'empire sur pied après des années de déclin. Il fondera la dynastie des Comnènes qui comprendra cinq empereurs qui régneront jusqu'en 1185. La vie de l'empereur est relatée dans l'Alexiade écrite par sa fille Anne Comnène.

Succession et famille

Alexis était issu d'une famille de militaires d'Asie Mineure et il avait du sang royal car il était le neveu de l'empereur Isaac Commène (r. de 1057 à 1059). Le père d'Alexis était Jean Comnène, un commandant militaire supérieur de la garde impériale (domestique des Scholes ou domestikos tōn scholōn), et sa mère, Anne Dalassène, était issue d'une famille aristocratique respectée. En 1078, il épousa Irène Doukas qui était une parente éloignée de deux anciens empereurs et d'un ancien tsar des Bulgares. Alexis avait certainement le pédigrée nécessaire pour atteindre le sommet. Il excella dans l'armée et se hissa au rang de général sous l'empereur Michel IV (r. de 1034 à 1041), sans jamais perdre une bataille.

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Alexis, toujours général mais âgé de seulement 24 ans, mena une révolte contre l'empereur Nicéphore III (r. de 1078 à 1081) en 1081 après qu'une série de défaites militaires dommageables ait réduit l'empire et ait même menacé la capitale Constantinople. L'économie était également balbutiante, Nicéphore ayant été contraint de dévaluer le nomisma, la principale monnaie de Byzance. Nicéphore, âgé, mesura la gravité de la situation et abdiqua, puis se retira pour mener une vie monastique. Encouragé par sa mère et soutenu par une alliance de puissantes familles aristocratiques, Alexis s'empara du trône vacant le jour de Pâques 1081 et fit d'Anna, sa mère, sa conseillère principale, lui accordant des pouvoirs égaux aux siens dans un édit impérial. Connue pour sa piété, elle était néanmoins aussi impitoyable et habile en politique que n'importe quel membre masculin de la cour.

ALEXIS I SUPERVISERA UNE SÉRIE DE VICTOIRES MILITAIRES CONTRE LES PEUPLES QUI HARCeLaiENT LES FRONTIÈRES DE SON EMPIRE.

La fille aînée d'Alexis, Anne Comnène, fut pendant un temps son héritière officielle après son mariage avec Constantin Doukas, le fils de Michel VII (r. de 1071 à 1078). En 1087, Alexis eut un fils, Jean, qui devint son héritier désigné. Lorsque Constantin Doukas mourut prématurément, Anne épousa le talentueux général Nicéphore Bryenne le Jeune et complota avec sa grand-mère, Anna Dalassène, pour faire de son nouveau mari le prochain empereur, bien que ce plan n'ait échoué, en grande partie parce que Nicéphore resta fidèle à l'héritier officiel Jean. La fille aînée d'Alexis s'avéra être une historienne de premier plan dont les travaux sur la Byzance du XIe siècle sont devenus une source inestimable pour ses collègues modernes dans ce domaine. Son Alexiade couvre la période de 1069 à 1118 et est essentiellement un hommage à son père. Cet ouvrage est le seul livre de ce type écrit par une femme au Moyen Âge.

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Campagnes militaires

L'invasion normande

L'Empire byzantin avait reculé au cours du XIe siècle, mais Alexis allait enchaîner les victoires contre les peuples qui harcelaient les frontières de son royaume. Le premier groupe à être repoussé et le plus dangereux fut celui des Normands. Ces descendants de Vikings, qui avaient déjà conquis les territoires byzantins du sud de l'Italie entre 1057 et 1071, étaient dirigés par Robert Guiscard (le "rusé"), le duc des Pouilles. Robert, qui avait fiancé son fils à une fille de Michel VII, était doublement dangereux car il pouvait devenir un point de ralliement pour les membres mécontents de la cour byzantine. Robert conquit Bari en 1071, Palerme en 1072 et Salerne, la dernière place forte lombarde, en 1076. En 1081, Robert et son fils Bohémond devinrent encore plus ambitieux et attaquèrent la Grèce byzantine.

The Byzantine Empire c. 1090 CE
L’empire Byzantin vers 1090
Spiridon MANOLIU (Public Domain)

Alexis réussit à contenir les Normands en 1082 malgré des défaites sur le terrain et força Robert à retourner en Italie pour défendre ses intérêts nationaux. Alexis avait été rusé et avait signé un traité d'alliance avec le rival de Robert, Henri IV, le roi des Romains, et avait payé une forte somme en or à Abélard, le neveu de Robert, afin qu'il soulève une révolte en Italie. Cependant, Bohémond continua à remporter des succès en Macédoine et en Thessalie, et le retour de Robert fut marqué par une défaite retentissante des alliés vénitiens d'Alexis en 1084. Puis le vent tourna lorsque l'armée normande fut frappée par une vague dévastatrice de fièvre typhoïde en 1085 et Robert en fut l'une des victimes. Alexis parvint alors à reprendre Dyracchion (alias Durazzo), un port important de Dalmatie, et la conquête normande de la Grèce prit fin.

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Les Petchénègues

Entre 1085 et 1091, les frontières septentrionales de l'empire connurent des incursions similaires, en l'occurrence celles des Petchénègues (alias Patzinaces), un peuple nomade de la steppe eurasienne. Au cours des siècles précédents, les Petchénègues avaient servi de mercenaires dans l'armée byzantine et avaient été, à l'occasion, un tampon utile contre les Bulgares et les Rus, mais au milieu du 11e siècle, ils traversèrent le Danube et attaquèrent la Thrace byzantine. Ils attaquèrent à nouveau les villes thraces en 1087, et en 1090, ils assiègèrent Constantinople. Les Petchénègues furent alors rejoints par leurs alliés, une force dirigée par un ancien commandant seldjoukide, mais aucun d'eux ne put vaincre les célèbres fortifications de la capitale, les murs de Théodose. Alexis réagit alors en s'alliant temporairement aux Coumans (des nomades turcophones d'Asie centrale réputés pour leurs talents d'archers) et infligea une défaite complète aux nomades belliqueux le 29 avril 1091 à la bataille du Mont Lebounion. Il réinstalla certains des guerriers vaincus, tandis que d'autres furent incorporés dans l'armée byzantine en tant que mercenaires.

ALEXIS INVITA DES MERCENAIRES DE L'OUEST À L'AIDER À RECONQUÉRIR L'ASIE MINEURE EN ÉCRIVANT DES LETTRES AU COMTE ROBERT DE FLANDRE ET AU PAPE URBAIN II.

La première croisade

Bohémond le Normand réapparaît dans les affaires byzantines 12 ans après sa dernière rencontre avec Alexis, lorsqu'il prit la tête de la première croisade qui arriva à Constantinople en 1097. En réalité, c'est Alexis lui-même qui avait invité des mercenaires occidentaux à l'aider à reconquérir l'Asie mineure en écrivant des lettres au comte Robert de Flandre et au pape Urbain II. Le premier groupe à arriver à Constantinople fut une armée de racailles dirigée par Pierre l'Ermite. Pillant et violant partout où ils allaient, Alexis les fit expédier au plus vite en Asie Mineure où ils connurent une fin sanglante aux mains de l'armée seldjoukide. Les Seldjoukides étaient des cavaliers issus d'une tribu nomade turque qui avaient formé le puissant sultanat de Roum dont la capitale était Nicée. La vague suivante de croisés qui arriva en Orient était un groupe d'apparence beaucoup plus professionnelle, dirigé par les meilleurs chevaliers et nobles d'Europe occidentale.

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Au départ, il semblait que les Normands et les autres croisés pourraient combiner leurs forces de façon efficace avec les armées byzantines, Bohémond ayant même prêté serment d'allégeance à l'empereur avec les autres chefs croisés. Alexis utilisa bien les croisés, malgré les viols et les pillages perpétrés par les membres les moins pieux des armées occidentales qui provoquaient le chaos lors de leur traversée de l'Europe. Il se peut qu'Alexis ait prévu que quelques nouveaux royaumes chrétiens servent de tampon utile aux frontières de l'empire, et il les envoya donc libérer certaines parties de l'Asie mineure des mains seldjoukides. Avec une force mixte de croisés, Alexis réussit ainsi à reprendre Nicée en 1097.

Antioche, en Syrie, fut la prise importante suivante, en juin 1098, mais malheureusement pour Alexis, alors qu'il était en route pour soutenir le siège, il rencontra des réfugiés de la région qui l'informèrent à tort que les croisés étaient sur le point d'être vaincus par une énorme armée musulmane. Bohémond, qui ne fut pas très heureux d'apprendre que son armée avait été abandonnée par les Byzantins, décida de revenir sur sa promesse de rendre à l'empereur tous les territoires capturés et garda la ville pour lui. Les relations furent ainsi irrévocablement envenimées entre les deux dirigeants. Entre-temps, le 15 juillet 1099, les croisés atteignirent enfin leur objectif et Jérusalem fut prise, les habitants musulmans et juifs, eux, impitoyablement massacrés.

La crise entre les deux moitiés du monde chrétien s'aggrava lorsque les Normands retournèrent en Italie et commencèrent à planifier une deuxième croisade, mais cette fois contre l'Empire byzantin dont les chrétiens occidentaux s'étaient toujours méfiés en raison de sa décadence et de ses pratiques religieuses hérétiques. En 1107, les Normands, une fois de plus dirigés par Bohémond, assiègèrent Dyracchion. L'armée de Bohémond fut cependant vaincue et le chef normand fut contraint de signer le traité de Déabolis (ou traité de Devol) en 1108, ce qui eut pour effet d'éliminer toute menace normande du territoire byzantin pendant un demi-siècle.

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Accords commerciaux

La politique d'Alexis à l'égard de Venise allait avoir des conséquences importantes. En 1082, les Vénitiens se virent accorder un commerce sans restriction dans l'Empire byzantin, une exemption des droits de douane (10 % des ventes à l'époque), et même un entrepôt et un quai à Constantinople. Ces concessions furent accordées en échange de leur aide navale cruciale dans la lutte contre les Normands, mais elles s' avérèrent trop généreuses et nuirent à la bourse byzantine pendant des décennies. Elles permirent à Venise de développer une emprise néfaste sur le commerce en Orient et de s'imposer comme l'une des grandes puissances navales de la Méditerranée. Des concessions similaires, quoique moindres (notamment une réduction des droits de douane à 4 %), seraient accordées plus tard à Gênes et à Pise dont les flottes avaient ravagé la côte ionienne.

Les affaires intérieures

Après avoir pris la tête des Romains, étant toujours un homme d'action, il se plongea aussitôt dans les affaires de l'État... Alexios, maître de la science du gouvernement, orienta toutes ses innovations vers le bien de l'Empire.

Alexiade (dans Herrin, 235)

Les choses n'étaient pas toujours tranquilles au pays pour Alexis non plus, avec une révolte qui surgit en 1095. Menée par Nicéphore Diogène, la révolte futt étouffée et la mère de l'empereur fit aveugler le meneur. Alexis, comme on peut le comprendre, réorganisa les titres de la cour byzantine dans le cadre d'une restructuration de la bureaucratie de l'État, où il plaça à des postes de pouvoir principalement des relations familiales en qui il avait une confiance absolue. Les aristocrates fidèles à l'empereur se virent attribuer des terres et des droits de perception d'impôts dans les provinces. Alexis utilisa également les alliances matrimoniales pour unifier le royaume, notamment en unissant les deux grandes familles souvent rivales des Comnènes et des Doukas.

Byzantine Hyperpyron of Alexios I
Hyperpyron byzantin d'Alexios Ier
Classical Numismatic Group, Inc. (CC BY-SA)

L'empereur avait du mal à trouver l'argent nécessaire pour payer les mercenaires qu'il employait dans son armée, et c'est pour cette raison qu'il fit fondre de nombreux objets de valeur de l'Église et augmenta les impôts jusqu'à quatre fois leur niveau précédent - payables en argent ou en travail. Le service militaire obligatoire était une autre réalité malheureuse pour une grande partie de la paysannerie byzantine. Dans le cadre de ses réformes monétaires, une nouvelle pièce fut introduite en 1092, l'hyperpyron (qui signifie "hautement raffiné"). Fabriquée en électrum (un alliage d'or et d'argent), elle valait un tiers de l'ancien nomisma standard qui avait souffert de la politique fiscale du prédécesseur d'Alexis. L'hyperpyron devint ainsi le nouvel étalon des pièces byzantines, par rapport auquel toutes les autres pièces seraient mesurées et évaluées jusqu'au 15e siècle.

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Alexis n'hésita pas non plus à intervenir dans les affaires religieuses. Il rétablit le contrôle impérial sur l'Église, réduisant le pouvoir des évêques, et il soutint vigoureusement l'orthodoxie, écrasant tous ceux qui la contestaient. L'un des groupes les plus persécutés fut celui des Bogomils qui se développa en Bulgarie: ils renonçaient à toutes les affaires mondaines et proposaient aux adeptes la désobéissance civile. Ayant vu le jour comme un mouvement visant l'impérialisme culturel byzantin, il se répandit en Europe occidentale et même au cœur de l'Empire byzantin. Alexis captura le chef du mouvement Bogomil, Basile - ce qui n'était pas si difficile étant donné qu'ils étaient pacifistes - et le fit brûler vif dans l'Hippodrome de Constantinople.

Une autre cible du zèle orthodoxe d'Alexis fut Jean Italos, directeur d'une école de philosophie à Constantinople. Considéré comme hérétique pour son néoplatonisme et désigné comme bouc émissaire pour avertir ceux qui insistaient pour mélanger philosophie et théologie, Jean Italos fut condamné en 1082. Sur une note plus positive, Alexis soutint les monastères du Mont Athos en Grèce du Nord et donna l'île de Patmos dans la mer Égée à Christodoulos qui fonda le monastère de Saint Jean le Théologien en 1088. Le décret de ce don exempt d'impôts est conservé dans les archives de la bibliothèque du monastère.

Mort et successeur

Lorsqu'Alexis mourut de maladie le 15 août 1118, son fils Jean devint empereur sous le nom de Jean II Comnène. L'une de ses premières actions fut de bannir sa sœur Anne, une intrigante hors-pair, dans un monastère, ce qui lui permettra d'écrire son Alexiade en toute tranquillité. Jean II régna jusqu'en 1143 et poursuivit les succès militaires de son père en remportant des victoires dans les Balkans et en Asie Mineure. L'historien T. E. Gregory résume ici les accomplissements d'Alexis I Comnène:

Il sauva l'État byzantin de la menace d'une dissolution imminente. Il fit face à une série de menaces militaires sérieuses et, grâce à une combinaison de diplomatie, de ruse personnelle et de ses propres capacités militaires, il en sortit généralement vainqueur. Au moment de sa mort, Byzance était à nouveau l'État le plus puissant de la Méditerranée orientale. (298)

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un master en philosophie politique et est le directeur d'édition de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2017, décembre 12). Alexis I Comnène [Alexios I Komnenos]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16587/alexis-i-comnene/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Alexis I Comnène." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le décembre 12, 2017. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16587/alexis-i-comnene/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Alexis I Comnène." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 12 déc. 2017. Web. 27 sept. 2022.

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