Kūkai

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 08 mai 2017
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Kukai Silk Portrait (by James Blake Wiener, CC BY-NC-SA)
Portrait sur soie de Kūkai
James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)

Kūkai ou Kōbō-Daishi (774-835) était un érudit, un poète et un moine qui a fondé le bouddhisme Shingon au Japon. Le moine est devenu le saint bouddhiste le plus important du pays et a été crédité de toutes sortes de miracles mineurs. Considéré comme un sculpteur doué et inventeur de l'écriture japonaise, il a également créé le chemin de pèlerinage le plus important encore suivi par les croyants aujourd'hui.

Jeunesse

Kūkai naquit en 774 dans une famille du nom de Saeki dans la province de Sanuki, Shikoku, famille qui avait été exilée de la capitale Heiankyo (Kyoto). Il adopta le nom Kūkai, signifiant «Océan de Vacuité» quand il rejoignit, encore jeune, un monastère bouddhiste. À à peine sept ans, il aurait escaladé une montagne et, une fois au sommet, aurait déclaré: «Si je suis destiné à servir la Loi, laissez-moi être sauvé, sinon laissez-moi mourir» (Ashkénazi, 202). Il se jeta ensuite du haut de la falaise mais fut en effet sauvé par un groupe d'êtres célestes qui attrapèrent le garçon et le firent doucement descendre en toute sécurité. Dans une autre légende, lorsqu'il effectuait un rituel austère, l'étoile du matin descendit et sauta dans sa bouche, signe que Kūkai était un saint et destiné à de grandes choses.

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Dans un récit plus historiquement fiable des débuts de Kūkai, il aurait appris les classiques et la poésie chinois de son oncle et entra dans un collège confucien dans la capitale en 791. Il y rencontra un moine qui suscita son intérêt pour le bouddhisme en révélant une technique de répétition pour mieux se souvenir des textes. Le jeune homme décida de rejoindre la prêtrise, et ses délibérations sur les mérites des trois principales écoles de pensée - le bouddhisme, le confucianisme et le taoïsme - sont exposées dans ses Indications, une discussion fictive, écrite vers 798, entre trois hommes, chacun représentant l'une des trois branches de la philosophie. Inutile de dire que le bouddhiste est le plus convaincant des trois.

Dans le bouddhisme Shingon, ceux qui ont abandonné leur vie mondaine et résidaient dans un monastère pouvaient connaître le Bouddha et ainsi atteindre l'illumination.

Bouddhisme Shingon

Les études de Kūkai des classiques chinois dans la capitale lui permirent de visiter la Chine dans le cadre d'une ambassade diplomatique entre 804 et 806. Il y étudia sous la direction du maître Hui-kuo, abbé du temple Ching Lung (Dragon vert), fut choisi comme successeur du maître et fut initié comme de rigueur. Ainsi, il devint un défenseur du bouddhisme ésotérique ou mikkyo, ce qui signifie que seuls les initiés, seuls ceux qui ont abandonné leur vie mondaine et résidaient dans un monastère, pouvaient connaître le Bouddha et ainsi parvenir à l'illumination complète.

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La secte Shingon (ou «Parole de Vérité») que Kūkai étudia en Chine (appelée Queen-Yen) s'était frayée un chemin depuis le sud de l'Inde. Elle soutenait que les enseignements bouddhistes provenaient du Bouddha cosmique Mahavairocana (Dainichi pou les Japonais). En particulier, les œuvres de Kūkai, comme le Shorai Mokuroku («Un répertoire de sutras récemment importés»), stipulaient que le leadership idéal ne devait pas être basé sur les principes confucéens, comme cela avait été le cas jusqu'à présent, mais sur les enseignements du Bouddha qui seraient révélés à un empereur lors de sa succession à la suite de certains rites d'initiation ésotérique. Par conséquent, les prêtres, avec leur connaissance privilégiée, avaient le statut le plus élevé de l'État selon, même plus élevé que les empereurs.

Surtout, le bouddhisme Shingon proposait qu'un individu pouvait atteindre l'illumination au cours de sa vie et qu'il n'avait pas besoin d'attendre la mort. Les rituels comprenaient la méditation effectuée pendant que le corps était tenu dans diverses postures, des gestes sacrés de la main (mudras) et la répétition de formules ou de mantras secrets. Une grande importance était accordée au pouvoir de la prière.

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Malgré les antécédents aristocratiques de Kūkai, il était connu pour avoir pratiqué ce qu'il prêchait et vécut la vie d'un ascète, comme en témoigne ce poème du Seirei Shu («Inspirations collectées»), anthologie de ses œuvres compilées par son disciple Shinzei:

Eau de vallée - une tasse le matin préserve la vie;

Brume de montagne - une bouffée le soir nourrit l'âme.

De la mousse suspendue, des herbes délicates suffisent à habiller mon corps ;

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Feuilles de rose, écorce de cèdre - ce sera ma literie.

La compassion du ciel répand sur moi la canopée indigo du ciel;

La dévotion du Roi Dragon m'entoure de rideaux de nuages blancs.

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Les oiseaux de montagne viennent parfois, chacun chantant sa propre chanson;

Les singes de montagne bondissent agilement, affichant une habileté incroyable.

Fleurs printanières, chrysanthèmes d'automne me sourient;

Les lunes de l'aube, les vents du matin nettoient la poussière de mon cœur.

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(Keene, 187)

En 819, le moine créa un centre pour sa doctrine ésotérique sur le mont Koya (dans la préfecture moderne de Wakayama). Le temple est encore aujourd'hui le siège de la secte bouddhiste Shingon. Ici, les dévots instruits pouvaient atteindre l'illumination, cela avait été promis, non pas par l'étude des sutras tout au long de la vie, mais en effectuant divers rituels et en regardant des mandalas, la représentation visuelle stylisée des enseignements de Bouddha. Kūkai avait ramené des exemples de ces peintures qui dépeignaient des divinités et des symboles mystiques de son voyage en Chine. L'acte même consistant à créer des mandalas était considéré comme un rite religieux et les images étaient donc censées contenir l'incarnation des divinités qu'elles représentaient. En 823, l'empereur Saga (r. 809-823) accorda la fondation du temple Toji («Est») à Minami-ku à Kyoto, ce qui indique que le bouddhisme Shingon était devenu une partie acceptée de la religion officielle de l'État.

Miracles

Kūkai établit également un itinéraire de pèlerinage - le plus long et le plus célèbre du Japon - qui est un circuit de 1 600 km qui passe par 88 temples. Outre ces réalisations plus pratiques, Kūkai fut crédité de nombreux miracles. Connu comme grand sculpteur - il y a encore plusieurs arbres au Japon qui auraient été sculptés en personnages du bouddhisme par lui -, il guérit un jour un agriculteur mourant en utilisant sa faucille pour sculpter un auto-portrait et à une autre occasion sculpta miraculeusement une statue de Yakushi, le Bouddha de la guérison, en utilisant seulement ses ongles. Le moine était également habile à créer des sources d'eau douce là où elles étaient les plus nécessaires et à débarraser les lieux de démons et d'animaux gênants comme les renards et les serpents. Enfin, Kūkai est censé protéger tous les pèlerins qui suivent son circuit de pélerinage et il prend en charge tous les enfants nés pendant que leurs parents le suivent.

Danjo Garan, Mount Koya
Danjo Garan, Mont Koya
663highland (CC BY-SA)

Kūkai l'érudit

Kūkai était avant tout un érudit et il compila des histoires détaillées de la pensée religieuse en Chine et en Inde. Il écrivit le Sango shiiki semi-autobiographique ('Indications des buts des trois enseignements') en 797. Kūkai était aussi un poète d'une certaine réputation, et il écrivit un guide sur les règles de la poésie chinoise. Il était bon calligraphe, aussi, et est crédité par certains (sans aucune preuve) comme ayant inventé le script kana, c'est-à-dire l'écriture japonaise utilisant des caractères chinois phonétiquement.

Kūkai mourut en 835 - il avait prédit le jour précis de sa mort - et fut enterré dans une tombe sur le mont Koya. Après sa mort, l'empereur rêva que Kūkai l'appelait pour avoir une nouvelle robe. L'empereur décida de suivre sa vision et ouvrit le tombeau du moine. Bien sûr, il y avait Kūkai qui avait l'air mal en point dans une robe en lambeaux. Rafraîchi et réhabillé, Kūkai prédit ensuite que le futur Bouddha, Miroku, réapparaîtrait sur terre dans 5 670 000 300 ans. En 921, Kūkai reçut le titre posthume de Kobo Daishi signifiant «Grand Maître de la diffusion de la loi» par l'empereur. Le mausolée de Kūkai fait aujourd'hui partie du complexe temple Koyasan au mont Koya, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

This content was made possible with generous support from the Great Britain Sasakawa Foundation.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2017, mai 08). Kūkai [Kukai]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15987/kukai/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Kūkai." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le mai 08, 2017. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15987/kukai/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Kūkai." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 08 mai 2017. Web. 01 juil. 2022.

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