L'Épave d'Uluburun

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 12 septembre 2017
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Texte original en Anglais : Uluburun Shipwreck

Reconstruction of the Uluburun Ship (by Martin Bahman, CC BY-SA)
Reconstruction du navire Uluburun
Martin Bahman (CC BY-SA)

L'épave d'Uluburun est un navire de l'âge du bronze découvert au large de la côte de Kaş, en Turquie. Le navire, probablement originaire de Phénicie/Canaan, date d'entre 1330 et 1300 avant notre ère et transportait une cargaison complète de marchandises commerciales, peut-être en provenance d'un port du sud de l'ancienne Lycie et probablement en route vers le continent grec. Les archéologues marins ont fouillé le site pendant onze saisons à partir de 1984 et ont accumulé plus de 17 tonnes d'artefacts - un trésor de marchandises et d'informations sur le commerce et l'interaction culturelle dans la Méditerranée de l'âge du bronze ancien.

Datation

Les techniques de datation au radiocarbone et la présence de types de poterie identifiables permettent de situer la date de l'épave à la fin du 14e siècle av. JC, probablement entre 1330 et 1300 av. JC. Malheureusement, une grande partie du navire n'a pas survécu, mais des parties de la quille et du bordage ainsi que la quantité totale de marchandises trouvées à l'intérieur ont permis de reconstituer la taille du navire. On estime que l'épave d'Uluburun mesurait environ 15 mètres de long, 5 mètres de large et pouvait transporter jusqu'à 20 tonnes de marchandises. La coque et la quille étaient fabriquées en cèdre du Liban, avec des accessoires et des fixations en chêne.

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Cargaison

Grâce à la profondeur à laquelle elle se trouvait (44-61 mètres), l'épave ne fut jamais pillée avant la fouille archéologique menée par l'Institut d'archéologie nautique de l'Université A&M du Texas. Cette profondeur a toutefois eu pour conséquence de limiter le temps que les plongeurs pouvaient passer sur l'épave, ce qui entraîna plus de 22 400 plongées pour remonter plus de 17 tonnes d'objets. Une difficulté supplémentaire a été la désintégration de l'épave sur une pente raide qui répartit la cargaison sur près de 250 mètres carrés.

Cargo Reconstruction, Uluburun Shipwreck
Reconstruction de la cargaison, naufrage d'Uluburun
Panegyrics of Granovetter (CC BY-SA)

La principale cargaison du navire était constituée de matières premières. Les plus gros articles étaient des lingots de cuivre, 348 d'entre eux, d'un poids total de 10 tonnes. Ils se présentaient sous forme de lingot dits à peau de bœuf et de petits pains, des formes courantes dans la Méditerranée de l'âge du bronze. L'analyse des isotopes du plomb a révélé que les lingots étaient en cuivre pur et provenaient de Chypre. Les lingots étaient placés en quatre rangées sur toute la longueur de la cale du navire, selon une disposition en chevrons, afin de minimiser leur déplacement en mer.

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Le deuxième chargement le plus important était constitué de 120 lingots d'étain pur (également en forme de "peau de bœuf" ou de petits pains) pesant plus d'une tonne au total. L'analyse a montré que ces lingots provenaient des mines des montagnes du Taurus en Turquie et d'une source en Afghanistan ou à proximité; bien que le fait que beaucoup d'entre eux aient été coupés en quatre morceaux suggère qu'ils ne furent pas prélevés directement des mines mais avaient déjà été échangés ailleurs. Il y avait environ 150 jarres cananéennes de résine de térébinthe, la plus grande découverte de ce type jamais faite. L'analyse du pollen contenu dans la résine indique qu'elle provenait de la zone de l'Israël moderne.

Les diverses marchandises présentes sur le bateau comprennent 24 rondins d'ébène et de l'ivoire en forme de trompe d'éléphant et de 14 dents d'HIPPOPOTAMe.

Il y avait également neuf pithoi chypriotes (grandes jarres de stockage) dans lesquelles étaient soigneusement conservés des objets en poterie chypriote, de l'huile d'olive ou des grenades. Il y avait une quantité de lingots de verre, peut-être plus de 175, pesant un total de 350 kilos mais la plupart étaient érodés. Le verre était de quatre couleurs: bleu foncé, turquoise, violet et jaune, sans doute destiné à être taillé en perles ou utilisé comme incrustation dans des bijoux, comme une imitation moins chère des matériaux plus précieux que sont respectivement le lapis-lazuli, la turquoise, l'améthyste et l'ambre. Il y avait également environ 70 000 perles en verre et en faïence à bord. Enfin, en ce qui concerne les matériaux lourds, le navire contenait environ une tonne de galets en guise de ballaste.

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Les diverses marchandises à bord du navire, qui sont nombreuses, comprennent 24 rondins d'ébène, de l'ivoire en forme de défense d'éléphant et de 14 dents d'hippopotame, ainsi que des objets en ivoire. Il existe de nombreux bijoux en or, en argent, en bronze, en étain, en faïence et en verre. Dans les mêmes matériaux, on trouve également des figurines, des récipients et des armes. Les articles en bois n'ont pas bien survécu, mais il existe des vestiges de boîtes de grande qualité. Parmi les objets plus exotiques, on trouve de l'ambre de la Baltique, une épée "italienne", trois vases en coquille d'œuf d'autruche et des sceaux cylindriques de Mésopotamie. Les marchandises périssables, outre celles déjà mentionnées, connues pour avoir été transportées sur le navire comprenaient des épices (cumin, sumac), des herbes (coriandre, sauge), des condiments (carthame), des olives, des amandes, du raisin, des figues, des céréales, des coquilles de murex et de l'orpiment, un minéral jaune utilisé comme teinture.

Cargo, Uluburun Shipwreck
Cargo, naufrage d'Uluburun
Panegyrics of Granovetter (CC BY-SA)

Dans l'ensemble, la cargaison était clairement de très grande valeur et destinée à être utilisée par l'élite de la société vers laquelle le navire se dirigeait. En effet, le type de marchandises à bord ressemble beaucoup à d'autres inventaires de cadeaux connus échangés entre les souverains d'Égypte et d'Asie occidentale.

Il ne faut pas oublier non plus que certains des objets trouvés dans l'épave, par exemple les ivoires manufacturés et les bijoux, ont pu appartenir à l'équipage et n'étaient pas destinés au commerce. En outre, il n'est pas surprenant que de nombreux artefacts mis au jour soient liés à l'exploitation du navire, tels que des ustensiles de cuisine, des lampes, des outils de pêche et des bijoux en or et en argent destinés à être utilisés comme moyen de paiement. La découverte de quatre balances et des poids qui les accompagnent suggère qu'il y avait quatre marchands phéniciens/cananéens à bord. Le fait que l'un d'entre eux était le plus ancien, peut-être même le capitaine, est suggéré par la présence d'une série de poids supérieurs en forme d'animaux et d'une seule épée phénicienne avec une poignée incrustée d'ivoire et d'ébène. Des marchandises mycéniennes, notamment des sceaux et des haches doubles, ainsi que des paires d'effets personnels provenant de Grèce continentale suggèrent qu'au moins deux autres personnes à bord étaient d'origine mycénienne.

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Itinéraire de navigation

Les techniques de construction utilisées pour le navire, l'analyse des poteries probablement utilisées par l'équipage et la présence de 24 ancres en pierre de type syro-palestinien ou chypriote suggèrent fortement que le port d'attache du navire se trouvait au Levant, peut-être à Tell Abu Hawam (aujourd'hui Haïfa, Israël). Ce port jouissait d'une activité commerciale très dynamique pendant la période en question, et les découvertes sur le site sont étonnamment similaires à celles de l'épave d'Uluburun.

Les spécialistes s'accordent généralement à dire que le navire se dirigeait vers l'ouest avant son naufrage et qu'il venait probablement de quitter un port de Lycie (Turquie moderne). Le fait que la poterie était principalement de type chypriote, et qu'il n'y avait que très peu de poteries égéennes, est considéré comme une preuve solide que le navire quittait la Lycie lorsqu'il fit naufrage. Le fait que le navire ait pu quitter un port du sud desservant Ugarit est suggéré par l'analyse chimique de l'argile utilisée dans une grande partie de la poterie de cargaison à bord et par la similarité de celle-ci avec les articles trouvés dans les entrepôts de Minet-el Beida.

Copper "Oxhide" Ingot, Uluburun Shipwreck
Lingot de cuivre « Ox-hide », épave d'Uluburun
Martin Bahman (CC BY-SA)

Néanmoins, il faut se rappeler que toute déclaration certaine sur les ports d'escale du navire avant ou après sa catastrophe, basée uniquement sur sa cargaison, doit être contrebalancée par le fait qu'à l'âge du bronze, les marchandises méditerranéennes de Chypre, d'Égypte, d'Anatolie et du Levant étaient largement échangées, y compris le stockage et la revente dans des emporiums cosmopolites tel que Chypre. Cependant, le fait qu'une grande partie de la poterie chypriote à bord soit de différents types suggère que le navire n'a pas navigué directement de Chypre, où il aurait pu ramasser une cargaison plus homogène directement du centre de fabrication, mais qu'il venait de quitter un port où des marchandises de différentes sources étaient stockées.

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La destination finale du navire pourrait bien avoir été la Grèce continentale s'il y avait effectivement deux Mycéniens d'un statut d'élite à bord, une caractéristique typique du commerce antique où les individus suivaient une cargaison pour s'assurer de son arrivée comme promis ou servaient de messagers de et vers la maison royale qui envoyait la cargaison. La cargaison était importante pour l'époque et aurait enrichi le destinataire et constitué une source importante de prestige si le navire d'Uluburun était une ambassade diplomatique avec des cadeaux d'un souverain à un autre. On ne peut que spéculer sur les conséquences financières et politiques d'une cargaison aussi précieuse qui n'aurait pas atteint sa destination finale.

La cause du naufrage ne sera probablement jamais connue, mais comme l'épave se trouve près d'un promontoire rocheux, il semble raisonnable de supposer que des vents inattendus ont pu pousser le navire sur ces rochers et ainsi le faire couler. La présence d'armes à bord rappelle que le commerce maritime était menacé par la piraterie, mais il semble que ce navire ait succombé à la force de la nature. Ce fut une tragédie pour l'équipage du navire et les riches marchands qui avaient payé pour sa cargaison, mais les archéologues et les historiens ont ainsi eu un aperçu fascinant des anciennes interactions régionales. L'épave de l'Uluburun est l'un des exemples les plus rares de capsule temporelle intacte, offrant, dans ce cas, une fenêtre unique sur le commerce maritime de l'âge du bronze et ceux qui le pratiquaient.

Bibliographie

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2017, septembre 12). L'Épave d'Uluburun [Uluburun Shipwreck]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15899/lepave-duluburun/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "L'Épave d'Uluburun." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le septembre 12, 2017. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15899/lepave-duluburun/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "L'Épave d'Uluburun." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 12 sept. 2017. Web. 25 janv. 2022.

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