Grande Pyramide de Gizeh

Définition

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 19 décembre 2016
X
translations icon
Disponible dans ces autres langues: anglais
Great Pyramid of Giza (by David Stanley, CC BY)
Grande Pyramide de Gizeh
David Stanley (CC BY)

La grande pyramide de Gizeh est le symbole de l'Égypte et la dernière des sept merveilles du monde. Elle est située sur le plateau de Gizeh près de la ville moderne du Caire et fut construite sur une période de vingt ans pendant le règne du roi Khoufou (2589-2566 av. J.-C., également connu sous le nom de Khéops) de la 4e dynastie.

Jusqu'à l'achèvement de la Tour Eiffel à Paris, en France, en 1889, la Grande Pyramide était la plus haute structure construite par l'homme au monde; un record qu'elle conserva pendant plus de 3 000 ans, ce qui ne sera probablement jamais battu. D'autres chercheurs ont désigné la flèche de la cathédrale de Lincoln en Angleterre, construite en 1300, comme la structure qui finit par dépasser la Grande Pyramide en hauteur, mais le monument égyptien a tout de même détenu le titre pendant une période impressionnante.

Supprimer la pub

Advertisement

La pyramide, qui s'élève à 146 mètres de haut pour une base de 230 mètres, est composée de plus de deux millions de blocs de pierre. Certaines de ces pierres sont d'une taille et d'un poids si énormes (comme les dalles de granit de la chambre du roi) que la logistique nécessaire pour les élever et les positionner avec une telle précision semble impossible selon les normes modernes.

La pyramide fut fouillée pour la première fois en utilisant des techniques modernes et des analyses scientifiques en 1880 par Sir William Matthew Flinders Petrie (1853-1942), l'archéologue britannique qui établit la norme pour les opérations archéologiques en Egypte en général et à Gizeh en particulier. Écrivant sur la pyramide en 1883, Flinders Petrie nota :

Supprimer la pub

Advertisement

La Grande Pyramide a prêté son nom en tant que synonyme pour paradoxes ; et, comme les papillons de nuit vers une bougie, les théoriciens sont attirés vers elle. (1)

Bien que de nombreuses théories persistent quant à l'objectif de la pyramide, la compréhension la plus largement acceptée est qu'elle fut construite en tant que tombe pour le roi KHoUFoU.

Bien que de nombreuses théories persistent quant à l'objectif de la pyramide, la compréhension la plus largement acceptée est qu'elle fut construite en tant que tombe pour le roi. La façon exacte dont elle fut construite reste cependant une énigme pour les gens d'aujourd'hui. Les historiens débattent encore de la théorie selon laquelle des rampes auraient été installées à l'extérieur de la structure pour déplacer les blocs. Les théories dites "marginales" ou "New Age" abondent, dans un effort pour expliquer la technologie avancée requise pour la structure, citant les extraterrestres et leurs visites fréquentes supposées en Égypte dans l'Antiquité.

Ces théories continuent d'être avancées en dépit du nombre croissant de preuves attestant que la pyramide fut bel et bien construite par les anciens Égyptiens à l'aide de moyens technologiques qui, selon toute vraisemblance, étaient si courants pour eux qu'ils ne ressentirent pas le besoin de les rapporter. Pourtant, la complexité des passages intérieurs, des puits et des chambres (la Chambre du Roi, la Chambre de la Reine et la Grande Galerie) ainsi que le puits d'Osiris tout proche, associés au mystère de la construction de la pyramide et à son orientation par rapport aux points cardinaux, encouragent la persistance de ces théories marginales.

Vous aimez l'Histoire?

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire gratuite!

Une autre théorie persistante concernant la construction du monument est qu'il fut construit sur le dos des esclaves. Contrairement à l'opinion populaire selon laquelle les monuments égyptiens en général, et la Grande Pyramide en particulier, furent construits grâce au travail d'esclaves hébreux, les pyramides de Gizeh et tous les autres temples et monuments du pays furent construits par des Égyptiens engagés pour leurs compétences et rémunérés pour leurs efforts. Aucune preuve de quelque nature que ce soit - quelle que soit l'époque de l'histoire de l'Égypte - ne vient étayer les événements narratifs décrits dans le livre biblique de l'Exode.

Les logements des ouvriers à Gizeh ont été découverts et entièrement documentés en 1979 par les égyptologues Lehner et Hawass, mais, avant même que cette preuve ne soit mise au jour, la documentation égyptienne ancienne attestait du paiement des ouvriers égyptiens pour les monuments commandités par l'État, tout en n'offrant aucune preuve de travail forcé par une population d'esclaves d'un groupe ethnique particulier. Des Égyptiens de tout le pays travaillèrent sur le monument, pour diverses raisons, afin de construire une demeure éternelle pour leur roi, qui durerait dans l'éternité.

Les pyramides et le plateau de Gizeh

Vers la fin de la période dynastique précoce (c. 3150-c.2613 avant J.-C.), le vizir Imhotep (c. 2667-2600 avant J.-C.) imagina un moyen de créer une tombe élaborée, différente de toutes les autres, pour son roi Djéser. Avant le règne de Djéser (c. 2670 avant J.-C.), les tombes étaient construites en boue et formaient de modestes monticules appelés mastabas. Imhotep conçut un plan alors radical consistant non seulement à construire un mastaba en pierre, mais aussi à empiler ces structures les unes sur les autres pour créer un monument énorme et durable. Sa vision conduisit à la création de la pyramide à degrés de Djéser à Saqqara, toujours debout de nos jours, la plus ancienne pyramide du monde.

Supprimer la pub

Advertisement

The Pyramids of Giza, Aerial View
Les pyramides de Gizeh, vue aérienne
Robster1983 (Public Domain)

Cependant, la pyramide à degrés n'était pas une "vraie pyramide" et, à l'époque de l'Ancien Empire (c. 2613-2181 avant J.-C.), le roi Snéfrou (r. c. 2613-2589 av. J.-C.) chercha à améliorer les plans d'Imhotep et à créer un monument encore plus impressionnant. Sa première tentative, la pyramide effondrée de Meïdoum, échoua parce qu'il s'éloigna trop des plans d'Imhotep. Snéfrou tira cependant les leçons de son erreur et se lança dans une autre tentative, la coudée royale, qui échoua également en raison d'une erreur de calcul de l'angle entre la base et le sommet. Sans se laisser décourager, Snéfrou tira les leçons de cette expérience et construisit la pyramide rouge, la première vraie pyramide construite en Égypte.

La construction d'une pyramide nécessitait d'énormes ressources et l'entretien d'un large éventail de toutes sortes d'ouvriers qualifiés et non qualifiés. Les rois de la 4e dynastie - souvent appelés "les bâtisseurs de pyramides" - purent disposer de ces ressources grâce à la stabilité du gouvernement et à la richesse qu'ils purent acquérir par le commerce. Un gouvernement central fort et un surplus de richesses étaient essentiels à tout effort de construction de pyramides, et ces ressources ofurent transmises par Snéfrou, à sa mort, à son fils Khoufou.

Khoufou semble s'être attelé à la construction de sa grande tombe peu après son arrivée au pouvoir. Les souverains de l'Ancien Empire gouvernaient depuis la ville de Memphis et la nécropole voisine de Saqqara était déjà dominée par le complexe pyramidal de Djéser, tandis que d'autres sites, comme Dachour, avaient été utilisés par Snéfrou. Cependant, une nécropole plus ancienne se trouvait également à proximité, à savoir Gizeh. La mère de Khéops, Hétep-Hérès I (c. 2566 avant J.-C.), y était enterrée et il n'y avait pas d'autres grands monuments à proximité pour attirer l'attention ; Khéops choisit donc Gizeh comme site pour sa pyramide.

Supprimer la pub

Advertisement

The Pyramids of Giza Panorama
Panorama des pyramides de Gizeh
dungodung (CC BY-SA)

Construction de la pyramide

La première étape de la construction d'une pyramide, après avoir décidé du meilleur emplacement, consistait à organiser les équipes et à allouer les ressources, ce qui était le travail du deuxième homme le plus puissant d'Égypte, le vizir. Le vizir de Khoufou était Hémiounou, son neveu, à qui l'on doit la conception et la construction de la Grande Pyramide. Le père d'Hemiounou, Néfermaât (le frère de Khoufou) avait été le vizir de Snéfrou dans ses projets de construction de pyramides et il est probable qu'il ait beaucoup appris sur la construction grâce à ces expériences.

Great Pyramid of Giza, Reconstructed
Grande pyramide de Gizeh, reconstruite
NeoMam Studios (CC BY-SA)

Le vizir était l'architecte final de tout projet de construction et devait déléguer la responsabilité des matériaux, du transport, de la main-d'œuvre, des paiements et de tout autre aspect du travail. Les reçus écrits, les lettres, les entrées de journal, les rapports officiels à destination et en provenance du palais montrent clairement qu'un grand projet de construction fut réalisé à Gizeh sous le règne de Khoufou, mais aucun de ces éléments de preuve ne suggère exactement comment la pyramide fut créée. L'habileté technologique évidente dans la création de la Grande Pyramide continue de mystifier les experts, et d'autres. Les égyptologues Bob Brier et Hoyt Hobbs s'expriment à ce sujet :

En raison de leur taille immense, la construction des pyramides posait des problèmes particuliers d'organisation et d'ingénierie. La construction de la Grande Pyramide du pharaon Khoufou, par exemple, a exigé que plus de deux millions de blocs pesant de deux à plus de soixante tonnes soient façonnés en une structure couvrant deux terrains de football et s'élevant en une forme pyramidale parfaite de 480 pieds dans le ciel. Sa construction a nécessité l'intervention d'un très grand nombre d'ouvriers, ce qui a posé des problèmes logistiques complexes en matière de nourriture, de logement et d'organisation. Des millions de blocs de pierre lourds devaient non seulement être extraits et élevés à de grandes hauteurs, mais aussi être assemblés avec précision afin de créer la forme désirée. (217)

The Pyramids, Giza, Egypt
Les Pyramides de Gizeh
Shellapic76 (CC BY)

C'est précisément l'habileté et la technologie requises pour "créer la forme désirée" qui posent problème à quiconque tente de comprendre comment la Grande Pyramide fut construite. Les théories modernes continuent de s'appuyer sur le concept de rampes qui furent élevées autour des fondations de la pyramide et qui s'élevaient au fur et à mesure que la structure devenait plus haute. La théorie de la rampe, toujours débattue, soutient qu'une fois les fondations solides, ces rampes auraient pu facilement être élevées autour de la structure au fur et à mesure de sa construction et auraient fourni les moyens de transporter et de positionner des tonnes de pierres dans un ordre précis.

Supprimer la pub

Advertisement

Mis à part le manque de bois en Égypte pour fabriquer une abondance de telles rampes, l'angle de la pente sur laquelle les ouvriers auraient dû monter les pierres et l'impossibilité de placer avec précision de lourdes briques de pierre et des dalles de granit sans une grue (que les Égyptiens n'avaient pas), le problème le plus sérieux se résume à l'impraticabilité totale de la théorie de la rampe. Brier et Hobbs expliquent :

Le problème est d'ordre physique. Plus l'angle d'une pente est prononcé, plus l'effort nécessaire pour déplacer un objet vers le haut de cette pente est important. Ainsi, pour qu'un nombre relativement restreint d'hommes, disons une dizaine, puisse traîner une charge de deux tonnes sur une rampe, l'angle de celle-ci ne doit pas être supérieur à environ huit pour cent. La géométrie nous dit que pour atteindre une hauteur de 480 pieds, un plan incliné dont l'angle serait de 8 % devrait commencer à près d'un mile (1,6 km) de son arrivée. Il a été calculé que la construction d'une rampe d'un kilomètre de long aussi haute que la Grande Pyramide nécessiterait autant de matériaux que la pyramide elle-même - les ouvriers auraient dû construire l'équivalent de deux pyramides en vingt ans. (221)

Une variation de la théorie de la rampe a été proposée par l'architecte français Jean-Pierre Houdin qui prétend que des rampes étaient utilisées à l'intérieur de la pyramide. Houdin pense que des rampes ont pu être utilisées à l'extérieur lors des premières étapes de la construction, mais qu'au fur et à mesure que la pyramide s'élevait, le travail se faisait à l'intérieur. Les pierres extraites étaient amenées par l'entrée et déplacées le long des rampes jusqu'à leur emplacement. Selon Houdin, cela expliquerait les puits que l'on trouve à l'intérieur de la pyramide. Cette théorie, cependant, ne tient pas compte du poids des pierres ou du nombre d'ouvriers sur la rampe nécessaire pour les déplacer sur un angle à l'intérieur de la pyramide et les mettre en place.

Entrance Passage, Great Pyramid of Giza
Passage d'entrée, grande pyramide de Gizeh
Olaf Tausch (CC BY)

La théorie de la rampe, sous l'une ou l'autre de ces formes, ne permet pas d'expliquer comment la pyramide fut construite, alors qu'une possibilité bien plus satisfaisante se trouve juste en dessous du monument : la haute nappe phréatique du plateau de Gizeh. L'ingénieur Robert Carson, dans son ouvrage The Great Pyramid : The Inside Story, suggère que la pyramide fut construite grâce à l'énergie hydraulique. Carson suggère également l'utilisation de rampes, mais d'une manière beaucoup plus convaincante : les rampes intérieures étaient complétées par une force hydraulique venant d'en bas et des palans venant d'en haut.

Bien que les Égyptiens n'aient jamais connu de grue au sens où on l'entend aujourd'hui, ils possédaient le chadouf, une longue perche munie d'un seau et d'une corde à une extrémité et d'un contrepoids à l'autre, généralement utilisée pour tirer de l'eau d'un puits. La puissance hydraulique d'en bas, associée à des palans d'en haut, aurait pu déplacer les pierres à l'intérieur de la pyramide, ce qui expliquerait également les puits et les espaces que l'on trouve dans le monument et que d'autres théories n'ont pas réussi à expliquer complètement.

Il est tout à fait clair que la nappe phréatique de Gizeh est encore assez élevée aujourd'hui et qu'elle l'était dans le passé. L'égyptologue Zahi Hawass, écrivant sur sa fouille du puits d'Osiris près de la Grande Pyramide en 1999, note que "l'excavation s'est avérée très difficile, principalement en raison de la nature dangereuse du travail causé par le niveau élevé de la nappe phréatique" (381). Dans le même article, Hawass note qu'en 1945, les guides de Gizeh se baignaient régulièrement dans les eaux de ce puits souterrain et que "la montée de la nappe phréatique dans le puits avait empêché les chercheurs de l'étudier plus avant" (379).

De plus, des tentatives antérieures de fouille du puits d'Osiris - par Selim Hassan dans les années 1930 - et des observations (mais pas de fouille) du puits par Abdel Moneim Abu Bakr dans les années 1940 - font également état de cette même nappe phréatique élevée. Les études géologiques ont déterminé que le plateau de Gizeh et la région environnante étaient beaucoup plus fertiles à l'époque de l'Ancien Empire qu'aujourd'hui et que la nappe phréatique aurait été plus élevée.

Dans ces conditions, la théorie de Carson selon laquelle l'énergie hydraulique fut utilisée pour construire la pyramide est la plus logique. Carson affirme que le monument "ne pouvait être construit qu'au moyen de l'énergie hydraulique ; qu'un système de transport hydraulique fut mis en place à l'intérieur de la Grande Pyramide" (5). En exploitant la puissance du niveau élevé de la nappe phréatique, les anciens bâtisseurs auraient pu construire la pyramide de façon beaucoup plus raisonnable qu'avec un système de rampes extérieures.

Interior Passage, Great Pyramid of Giza
Passage intérieur, Grande Pyramide de Gizeh
John & Edgar Morton (Public Domain)

Une fois l'intérieur achevé, l'ensemble de la pyramide fut recouvert de calcaire blanc qui aurait brillé de mille feux et aurait été visible de toutes parts sur des kilomètres autour du site. Aussi impressionnante que soit la Grande Pyramide aujourd'hui, il faut reconnaître qu'il s'agit d'un monument en ruine, car le calcaire se détacha il y a longtemps de ça et fut utilisé comme matériau de construction pour la ville du Caire (tout comme la ville voisine de l'ancienne Memphis).

Lorsqu'elle fut achevée, la Grande Pyramide dut apparaître comme la création la plus frappante que les Égyptiens aient jamais vue. Même aujourd'hui, dans son état le plus vétuste, la Grande Pyramide inspire le respect. La taille et l'ampleur du projet sont littéralement stupéfiantes. L'historien Marc van de Mieroop écrit :

La taille de la pyramide dépasse l'entendement : elle mesurait 146 mètres de haut (479 pieds) et 230 mètres à la base (754 pieds). On estime qu'elle contenait 2 300 000 blocs de pierre d'un poids moyen de 2 tonnes et 3/4, certains pesant jusqu'à 16 tonnes. Khoufou régna pendant 23 ans selon le Canon Royal de Turin, ce qui signifie que pendant toute la durée de son règne, 100 000 blocs par an - soit environ 285 blocs par jour ou un toutes les deux minutes de lumière du jour - ont dû être extraits, transportés, taillés et mis en place... La construction était d'une conception presque parfaite. Les côtés étaient orientés exactement vers les points cardinaux et formaient des angles précis de 90 degrés. (58)

Les travailleurs qui accomplirent cette tâche étaient des ouvriers qualifiés et non qualifiés engagés par l'État pour le projet. Ces travailleurs soit offrirent leurs efforts pour rembourser une dette, soit pour rendre service à la communauté, soit étaient rémunérés pour leur temps. Bien que l'esclavage ait été une institution pratiquée dans l'Égypte ancienne, aucun esclave, hébreu ou autre, ne fut utilisé pour la création du monument. Brier et Hobbs expliquent la logistique de l'opération :

Sans les deux mois annuels pendant lesquels les eaux du Nil recouvrent les terres agricoles de l'Égypte, immobilisant ainsi la quasi-totalité de la main-d'œuvre, aucune de ces constructions n'aurait été possible. Pendant ces périodes, un pharaon offrait de la nourriture contre du travail et la promesse d'un traitement de faveur dans l'au-delà où il régnerait comme il l'avait fait dans ce monde. Pendant deux mois chaque année, des ouvriers se rassemblaient par dizaines de milliers de tout le pays pour transporter les blocs qu'une équipe permanente avait extraits pendant le reste de l'année. Les superviseurs organisaient les hommes en équipes pour transporter les pierres sur des traîneaux, des dispositifs mieux adaptés que les véhicules à roues pour déplacer des objets lourds sur du sable mouvant. Une chaussée, lubrifiée par l'eau, adoucissait la montée des pierres. Aucun mortier ne fut utilisé pour maintenir les blocs en place, mais un ajustement si précis que ces structures imposantes ont survécu pendant 4 000 ans. (17-18)

The Pyramids
Les Pyramides
Oisin Mulvihill (CC BY)

L'inondation annuelle du Nil était essentielle à la subsistance des Égyptiens, car elle déposait la riche terre du lit du fleuve sur l'ensemble des terres agricoles de la rive ; cependant, elle rendait également impossible l'exploitation de ces terres pendant la période de crue. Pendant ces périodes, le gouvernement fournissait du travail aux agriculteurs en les faisant travailler sur leurs grands monuments. Ce sont ces personnes qui effectuèrent le travail réel, physique, en déplaçant les pierres, en élevant les obélisques, en construisant les temples, en créant les pyramides qui continuent à fasciner et à inspirer les gens de nos jours.

Cela ne rend service ni à leurs efforts ni à leur mémoire, sans parler de la grande culture des Égyptiens, que de continuer à insister sur le fait que ces structures furent créées par des esclaves maltraités qui étaient forcés à cela en raison de leur appartenance ethnique. Le livre biblique de l'Exode est un mythe culturel créé à dessein pour distinguer un groupe de personnes vivant sur la terre de Canaan des autres et ne devrait pas être considéré comme de l'histoire.

Cela ne rend service ni à leurs efforts ni à leur mémoire, sans parler de la grande culture des Égyptiens, que de continuer à affirmer que ces structures furent créées par des esclaves maltraités.

La Grande Pyramide en tant que tombeau

Tous ces efforts furent consacrés à la création d'une tombe grandiose pour le roi qui, en tant que médiateur entre les dieux et le peuple, était censé mériter la plus belle des tombes. Les théories concernant l'objectif initial de la Grande Pyramide vont de la fantaisie à l'absurde et peuvent être étudiées ailleurs, mais la culture qui produisit le monument l'aurait considéré comme une tombe, une demeure éternelle pour le roi.

Les tombes qui ont été fouillées dans toute l'Égypte, des plus modestes au riche exemple de celle de Toutânkhamon, ainsi que d'autres preuves physiques, montrent clairement la croyance de l'Égypte ancienne en une vie après la mort et le souci du bien-être de l'âme dans ce nouveau monde. Des objets funéraires étaient toujours placés dans la tombe du défunt ainsi que, dans les tombes les plus riches, des inscriptions et des peintures sur les murs (connues sous le nom de Textes des Pyramides, dans certains cas). La Grande Pyramide est simplement la forme la plus grandiose de l'une de ces tombes.

Les arguments contre la Grande Pyramide en tant que tombeau invoquent le fait qu'aucune momie ou objet funéraire n'a jamais été trouvé à l'intérieur. Cet argument ignore volontairement les nombreuses preuves de pillage de tombes depuis les temps anciens jusqu'à aujourd'hui. Les égyptologues du XIXe siècle ont reconnu que la Grande Pyramide a été pillée dans l'Antiquité et, très probablement, à l'époque du Nouvel Empire (c. 1570-1069 avant J.-C.), lorsque la nécropole de Gizeh fut remplacée par la zone connue aujourd'hui sous le nom de Vallée des Rois, près de Thèbes.

Cela ne veut pas dire que Gizeh fut oubliée. De nombreux témoignages montrent que des pharaons du Nouvel Empire, comme Ramsès le Grand (r. de 1279- à 213 avant J.-C.), s' intéressèrent de près au site. Ramsès II fit construire un petit temple à Gizeh devant le Sphinx en signe d'honneur et c'est le quatrième fils de Ramsès II, Khâemouaset, qui se consacra à la préservation du site. Khâemouaset ne gouverna jamais l'Égypte mais était un prince héritier dont les efforts pour restaurer les monuments du passé sont bien documentés. Il est, en fait, considéré comme le "premier égyptologue" du monde pour son travail de restauration, de préservation et d'enregistrement des monuments anciens, et en particulier pour son travail à Gizeh.

Interior Design, Great Pyramid of Giza
Design d'intérieur, Grande Pyramide de Gizeh
R.F.Morgan (CC BY-SA)

De plus, les travaux menés sur le puits d'Osiris - et d'autres zones autour du site - ont montré une activité pendant la 26e dynastie de la troisième période intermédiaire (c. 1069-525 avant J.-C.) et pendant la période tardive (c. 525-332 avant J.-C.). Gizeh a donc été un site actif tout au long de l'histoire de l'Égypte, mais n'a pas toujours bénéficié de l'attention qu'il reçut pendant l'Ancien Empire.

Hérodote, qui écrivait au Ve siècle avant J.-C., rapporta que la Grande Pyramide avait été pillée et que les visiteurs actuels du site entraient par le "tunnel des pilleurs", créé vers 820 par le calife al-Ma'mun dans le but de récupérer les trésors que la pyramide renfermait. Des pilleurs de tombes avant et après le calife avaient également visité la pyramide avant les fouilles du 19e siècle. Les trésors que la pyramide a pu contenir à l'époque de Khéops ont pu être enlevés à tout moment à partir de l'Ancien Empire.

Le plateau de Gizeh

Après la mort de Khoufou, son fils Khafrê, (alias Képhren r. de 2558 à 2532 av. J.-C.) monta sur le trône et commença à construire sa propre pyramide à côté de celle de son père. Le roi Menkaourê (r. de 2532 à 2503 avant J.-C.) succéda à Khafrê et suivit le même schéma en construisant sa maison éternelle à Gizeh. Khafrê et Menkaourê ajoutèrent leurs propres complexes de temples et monuments, tels que le Grand Sphinx de Gizeh sous le règne de Khafrê, mais ceux-ci étaient à une échelle plus petite que celle de l'œuvre de Khoufou.

Ce n'est pas un hasard ou un mystère qui explique pourquoi la Grande Pyramide est la plus grande et les deux autres sont progressivement plus petites : à mesure que la période de l'Ancien Empire se prolongeait, avec l'accent mis par le gouvernement sur les grands projets de construction, les ressources devenaient de plus en plus rares. Le successeur de Menkaourê, Chepseskaf (r. de 2503 à 2498 av. J.-C.), disposait des ressources nécessaires pour achever le complexe pyramidal de Menkaourê, mais ne pouvait se permettre un tel luxe pour lui-même ; il fut enterré dans une modeste tombe à mastaba à Saqqara.

Néanmoins, Gizeh continuait à être considéré comme un site important et des fonds étaient alloués tant qu'ils étaient disponibles pour son entretien. Gizeh fut une communauté prospère pendant des siècles, avec des temples, des magasins, une place de marché, des logements et une économie solide. Les individus qui spéculent aujourd'hui sur l'avant-poste solitaire, désert et mystique de Gizeh ignorent les preuves de ce qu'aurait été le complexe pendant la majeure partie de la longue histoire de l'Égypte.

La conception actuelle du plateau comme un avant-poste isolé de monuments encourage des théories qui ne correspondent pas à ce qu'était réellement Gizeh lorsque ces monuments furent construits. Les théories suggérant l'existence de mystérieux tunnels sous le plateau ont été démenties - mais elles persistent - notamment les spéculations concernant le puits d'Osiris.

Map of the Monuments at Giza
Carte des monuments de Gizeh
MesserWoland (CC BY-SA)

Ce complexe de chambres souterraines fut très probablement creusé, comme le prétend Hawass, en l'honneur du dieu Osiris et pourrait ou non avoir été l'endroit où le roi Khoufou fut enterré. Hérodote mentionne le puits d'Osiris (mais pas sous ce nom, qui ne lui a été donné que récemment par Hawass) en parlant de la chambre funéraire de Khoufou, qui était censée être entourée d'eau.

Les fouilles du puits et des chambres ont permis de retrouver des objets datant de l'Ancien Empire jusqu'à la Troisième Période Intermédiaire, mais pas de tunnels bifurquant sous le plateau. Osiris, en tant que seigneur des morts, aurait certainement été honoré à Gizeh et les chambres souterraines le reconnaissant comme souverain dans l'au-delà n'étaient pas rares dans l'histoire de l'Égypte.

Bien que la Grande Pyramide de Gizeh, et les autres pyramides plus petites, les temples, les monuments et les tombes qui s'y trouvent, aient continué à être respectés tout au long de l'histoire de l'Égypte, le site tomba en déclin après l'occupation romaine et l'annexion du pays en 30 avant Jésus-Christ. Les Romains concentrèrent leur énergie sur la ville d'Alexandrie et les récoltes abondantes qu'offrait le pays, faisant de l'Égypte le "grenier à blé" de Rome, selon l'expression consacrée.

Le site fut plus ou moins négligé jusqu'à la campagne d'Égypte de Napoléon, en 1798-1801, au cours de laquelle il emmena son équipe de savants et de scientifiques pour documenter la culture et les monuments de l'Égypte ancienne. Les travaux de Napoléon en Égypte attirèrent d'autres personnes dans le pays, qui en incitèrent ensuite d'autres à le visiter, à faire leurs propres observations et à mener leurs propres fouilles.

Tout au long du XIXe siècle, l'Égypte ancienne devint un objet d'intérêt croissant pour les gens du monde entier. Des archéologues professionnels et amateurs se rendirent dans le pays pour exploiter ou explorer la culture antique à leurs propres fins ou dans l'intérêt de la science et de la connaissance. La Grande Pyramide fut fouillée pour la première fois par l'archéologue britannique Sir William Matthew Flinders Petrie, dont le travail sur le monument jeta les bases pour tous ceux qui suivirent jusqu'à aujourd'hui.

Flinders Petrie était évidemment intéressé par l'exploration de toutes les nuances de la Grande Pyramide, mais pas au détriment du monument lui-même. Ses fouilles furent réalisées avec le plus grand soin afin de préserver l'authenticité historique de l'œuvre qu'il examinait. Bien que cela puisse sembler une approche de bon sens de nos jours, de nombreux explorateurs européens avant Flinders Petrie, archéologues professionnels et amateurs, avaient balayé d'un revers de la main tout souci de préservation dans la poursuite de leur objectif de mettre au jour d'anciens trésors et de rapporter des antiquités à leurs mécènes. Flinders Petrie établit le protocole relatif aux monuments anciens en Égypte qui est toujours respecté de nos jours. Sa vision inspira ceux qui vinrent après lui et c'est en grande partie grâce à ses efforts que les gens peuvent encore aujourd'hui admirer et apprécier le monument connu sous le nom de Grande Pyramide de Gizeh.

Supprimer la pub

Publicité

Questions et réponses

Pour qui la Grande Pyramide fut-elle construite ?

La Grande Pyramide de Gizeh fut construite comme tombeau pour le roi Khéops, deuxième roi de la 4e dynastie d'Égypte.

Pourquoi la Grande Pyramide fut-elle construite ?

Les chercheurs et les historiens s'accordent généralement à dire que la Grande Pyramide de Gizeh fut construite pour servir de tombe.

Comment la Grande Pyramide de Gizeh fut-elle construite ?

Cette question fait toujours l'objet de débats entre les spécialistes, mais il est possible qu'il ait été construit à l'aide d'un système hydraulique utilisant la haute nappe phréatique du plateau de Gizeh.

Qui fut le premier archéologue des temps modernes à fouiller la Grande Pyramide ?

Les premières fouilles modernes de la Grande Pyramide furent menées par Sir William Matthew Flinders Petrie en 1880.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2016, décembre 19). Grande Pyramide de Gizeh [Great Pyramid of Giza]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15578/grande-pyramide-de-gizeh/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Grande Pyramide de Gizeh." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le décembre 19, 2016. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15578/grande-pyramide-de-gizeh/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Grande Pyramide de Gizeh." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 19 déc. 2016. Web. 08 août 2022.

Adhésion