Colline de Tara

Définition

Joshua J. Mark
de , traduit par Caroline Martin
publié le 26 août 2015
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Disponible dans ces autres langues: anglais, espagnol
Mound of the Hostages, Hill of Tara (by Joshua J. Mark, CC BY-NC-SA)
Butte des otages, colline de Tara
Joshua J. Mark (CC BY-NC-SA)

La colline de Tara est un ancien site de l'âge néolithique situé dans le comté de Meath, en Irlande. Elle fut connue comme le siège des hauts rois d'Irlande, le site des couronnements, un lieu de rassemblement pour l’adoption et la lecture des lois, et pour les festivals religieux.

Le monument le plus ancien du site est la Butte des otages, une tombe de passage néolithique, datant d'environ 3000 av. JC. Les forts circulaires et les preuves d'autres enceintes, comme la salle des banquets, datent d'une période plus tardive. La Lia Fáil (la pierre du destin), par laquelle les anciens rois étaient investis de leurs fonctions, se dresse toujours sur la colline. Le site est également associé aux Tuatha Dé Danann, les peuples pré-celtiques d'Irlande, et aux éléments mystiques qu'ils ont fini par incarner.

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Les grands sabbats de l'Irlande païenne étaient annoncés par un feu de joie sur la colline qui, à une altitude de 197 m, devait être visible à des kilomètres à la ronde. On dit que Saint Patrick annonça l'arrivée du christianisme en Irlande en allumant son propre grand feu de joie en face de Tara, sur la colline de Slane, avant de s'y rendre pour prêcher devant le roi Laoghaire en 432/433 ap. JC. Le nom vient du gaélique Cnoc na Teamhrach, que l'on traduit souvent par « lieu de grande perspective », bien qu'il ait également été avancé qu'il s'agissait d'une corruption de Tea-Mur ou Teamhair, le lieu de sépulture de l'ancienne reine Tea.

Tara dans la légende

La colline de Tara joue un rôle clé dans l'ouvrage The Book of Invasions (le livres des invasions) (11/12e siècle ap. JC), considéré aujourd'hui comme une construction mythique de l'histoire ancienne de l'Irlande par des scribes chrétiens, qui tentèrent de relier le passé de l'Irlande aux récits bibliques et à l'histoire grecque et romaine. L'ouvrage raconte les débuts de la colonisation par les descendants du Noé biblique, puis une série d'invasions dont le point culminant est la venue des Milésiens d'Espagne. Bien que l'œuvre soit considérée aujourd'hui comme du folklore et un mythe, elle fut reconnue comme récit historique par son public d'origine et pendant des siècles par la suite.

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LES HAUTS ROIS D'IRLANDE ÉTAIENT CHOISIS PAR UN SYSTÈME DE ROTATION PARMI LES CHEFS, ET LEURS INVESTITURES À TARA ÉTAIENT DE GRANDES FÊTES.

Les Milésiens vainquirent le peuple connu sous le nom de Tuatha Dé Danann (les enfants de la déesse Dana) et, selon une version de la légende contenue dans The Book of Leinster (Le Livre de Leinster), le poète et juge milésien, Amergin, fut chargé de décider quelle race allait détenir quelle terre.

Il partagea l'Irlande entre les deux races en donnant à son peuple toutes les terres en surface et aux Tuatha Dé Danann toutes les terres souterraines. Cette légende explique l’habitat du « peuple des fées » d'Irlande qui vivent dans des grottes, dans des trous souterrains, dans les recoins et dans les crevasses des rochers.

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Deux frères milésiens, chefs de leur peuple, se partagèrent la terre, Éremón prenant la moitié nord et Éber la moitié sud. Une fois la terre divisée, les frères se partagèrent ensuite équitablement leurs armées, puis les artisans et les cuisiniers, et ainsi de suite, avec des hommes et des femmes de tous les arts, jusqu'à ce qu'il n'en reste que deux: un harpiste et un poète. L'écrivain Seumas MacManus raconte le reste de l'histoire: «Après un tirage au sort, le harpiste fut attribué à Éremón et le poète à Éber - ce qui explique pourquoi, depuis lors, le nord de l'Irlande est célébré pour la musique et le sud pour le chant»(11). Les frères, une fois tout partagé à part égale, s'installèrent alors installés dans une paix durable.

Stone of Destiny, Hill of Tara
Pierre du destin, colline de Tara
Germán Póo-Caamaño (CC BY)

C'est la colline de Tara qui rompit cette paix. La femme d'Éber lui dit qu'elle souhaitait avoir les trois plus belles collines d'Irlande et, surtout, la plus belle et la plus pittoresque: Tara. Cette dernière appartenait à Éremón, au nord, et lorsque la femme d'Éremón (Tea) entendit parler de cette demande, elle se mit en colère après cette femme qui ne pouvait pas se contenter de son propre royaume. Les deux femmes se disputèrent et elles entraînèrent leurs maris dans la bataille, ce qui provoqua la guerre. Tea mourut et fut enterrée à Tara, donnant son nom à la colline (Teamhair = colline de Tara). Éber fut vaincu et Éremón, désormais seul maître de l'Irlande, fut couronné à Tara. Cet événement marqua le début de la tradition des couronnements des hauts rois d'Irlande sur le site.

Tara et Cormac Mac Art

Une autre version du passé de Tara prétend que les Fir Bolgs, la race qui vivait en Irlande avant l'invasion des Tuatha Dé Danann, furent les premiers à construire sur Tara et à y inaugurer des rois. Les rituels des Fir Bolgs furent remplacés par ceux des Tuatha Dé Danann, puis par ceux des Milésiens, mais l'importance du site ne diminua jamais. Une grande salle de banquet fut construite pour les fêtes, mais aussi des maisons pour les dignitaires pendant les assemblées, d'autres maisons pour les femmes, une salle de réunion et des forts circulaires.

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Une attention particulière fut accordée à l'emplacement de ces bâtiments en les alignant sur les directions astronomiques et solaires. Le tumulus néolithique, la Butte des otages est aligné de telle sorte que lors des deux sabbats importants, Imbolc (en février) et Samhain (fin octobre), le soleil du matin illumine le passage du tumulus, qui serait autrement bien sombre. La Butte des otages est ainsi nommée parce que c’était le lieu où des otages étaient échangés entre les rois et des dignitaires.

Cela suggère l'importance du site dans l'Antiquité, puisque l'échange d'otages se faisait sur un terrain où les deux parties se sentaient en sécurité. Le roi était considéré comme une sage figure paternelle du peuple qui, en théorie du moins, œuvrait pour le bien commun avant d’œuvrer pour ses propres intérêts.

Les hauts rois d'Irlande étaient choisis par un système de rotation parmi les chefs ; ils n'accédaient pas au trône par droit divin ou par hérédité, et leurs inaugurations à Tara étaient de grandes fêtes. Selon la légende, la pierre du destin pleurait lorsque le roi légitime était choisi. Deux pierres dressées, vers lesquelles le futur roi se dirigeait au galop, étaient censées se séparer s'il était digne de régner.

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Le roi considéré comme le plus digne fut Cormac Mac Art (3e siècle ap. JC environ), sous le règne duquel Tara prospéra. Bien que de nombreux mythes et légendes entourent le règne de ce roi, les spécialistes considèrent qu'il a réellement existé. On dit qu'il était le fils ou le petit-fils du grand héros Conn des cent batailles et il est toujours décrit avec un grand respect comme le législateur et le protecteur du peuple.

Les célèbres lois de Brehon, considérées comme l'un des codes de lois les plus équitables jamais écrits, sont attribuées à Cormac Mac Art. Les droits des femmes étaient protégés et, contrairement à ce qui se passait dans d'autres cultures du 3e siècle ap. JC, elles pouvaient exercer la profession de leur choix et étaient considérées comme les partenaires de leur mari dans le mariage et non comme des biens.

On ne sait pas si les Fir Bolg disposaient réellement d'une salle de banquet à leur époque, mais on sait que Cormac Mac Art construisit une grande salle avec 14 entrées, longue de 760 pieds (230.6 mètres) et haute de 45 pieds (13.5 mètres). Il est également censé avoir construit un palais à Tara et un certain nombre d'autres structures et de monuments. Les contours de ce qui pourrait être un long bâtiment sont encore visibles sur la colline aujourd'hui, bien que la question de savoir s'il s'agit réellement des vestiges d'une salle de banquet soit contestée, tout comme les affirmations concernant les autres bâtiments que Cormac Mac Art aurait construits.

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Il y a encore beaucoup de choses à fouiller à Tara, cependant, et il est possible que les écrits des auteurs anciens soient confirmés. MacManus cite le livre Book of Ballymote (le Livre de Ballymote) du 14e siècle ap. JC, un ouvrage qui serait considéré comme semi-mythique aujourd'hui, et qui décrit Cormac Mac Art comme « un roi noble et illustre » à l'époque où « il n'y avait ni blessures ni vols... mais chacun jouissait de sa vie en paix » (47). L'écrivain T.W. Rolleston s'étend sur le règne de Cormac Mac Art et surtout sur ses projets de construction, écrivant :

Il a également reconstruit les remparts de Tara et il les a renforcés, il a agrandi la grande salle de banquet et il y a mis des piliers en cèdre ornés de plaques de bronze, et il a peint ses murs en chaux blanche avec des motifs rouges et bleus. Il y a aussi construit des palais pour les femmes, des entrepôts et des bâtiments pour les combattants. Jamais Tara n'a été aussi peuplée et aussi glorieuse, ni avant ni après. (178)

Cormac Mac Art était considéré comme un grand roi païen qui, vers la fin de sa vie, s'est converti au christianisme. Que tous les événements de sa vie qui ont été consignés par écrit aient réellement eu lieu ou non, l'histoire de sa conversion s'inscrit dans le cadre de la christianisation des héros et des rituels païens qui est devenue monnaie courante en Irlande après l'arrivée de Saint Patrick.

Saint Patrick et Tara

On pense que Saint Patrick arriva en Irlande en tant que missionnaire en 432/433 ap. JC. Patrick était un citoyen romain qui avait été capturé et vendu comme esclave en Irlande des années auparavant. Il s'échappa, attribuant à Dieu sa délivrance, et s'en retourna en Grande-Bretagne. Il y étudia pour devenir prêtre, il fut ordonné et il retourna en Irlande en tant que missionnaire.

Statue of St. Patrick, Hill of Tara
Statue de Saint Patrick, colline de Tara
Joshua J. Mark (CC BY-NC-SA)

Vers 433 ap. JC, selon la légende, le haut roi Laoghaire avait interdit d'allumer le moindre feu une nuit donnée à l'approche de la fête païenne d'Ostara, lorsque le grand feu de joie serait allumé sur la colline de Tara. Ce sabbat correspondant à la célébration chrétienne de Pâques, Patrick alluma son propre feu sur la colline de Slane, en face de Tara, un feu qui brûla si fort que le roi le vit et il envoya ses soldats arrêter celui qui l'avait défié et éteindre la flamme.

Patrick et ses disciples échappèrent aux soldats grâce à un miracle: ils apparurent sous la forme d'un troupeau de cerfs et se dirigèrent vers le siège du roi à Tara. Une fois sur place, Patrick battit les druides du roi lors d'un débat, puis il prêcha au roi et à ses camarades. Pendant ce temps, les soldats qui avaient été envoyés pour l'arrêter revinrent pour signaler que le feu de Patrick ne pouvait être éteint. L'histoire se termine par la conversion au christianisme d'un certain nombre des membres de la cour du roi, tandis que le roi lui-même rejette la nouvelle foi mais il est suffisamment impressionné par Patrick pour lui permettre de poursuivre sa mission.

De nos jours, dès que l'on franchit le portail de la colline de Tara, la statue de Saint Patrick est le premier monument que l'on voit et, derrière elle, on voit une église. En accord avec l'histoire du feu de Pâques, la statue et l'église sont des symboles appropriés du triomphe du christianisme en Irlande. Contrairement à la lutte entre l'ancienne foi et la nouvelle dans d'autres pays, la conversion de l'Irlande par Saint Patrick et ses disciples fut relativement pacifique, et les anciennes statues des dieux païens firent place à celles de Patrick et celles des autres saints et des symboles chrétiens. Dans le cimetière de l'église se trouvent deux anciennes pierres dréssées, dont l'une représente le dieu païen de la fertilité Cernunnos. Un visiteur du site aujourd'hui remarquera que la statue de Saint Patrick est assez proéminente, tandis que celle de Cernunnos pourrait être confondue avec un gros rocher.

La colline de Tara après Saint Patrick

Que l'on accepte les récits de Patrick et de son feu ou tout autre récit, sa mission en Irlande fut un grand succès. La colline de Tara perdit cependant de son importance en tant que centre politique et religieux à mesure que le christianisme gagna en puissance et que d'autres sites prirent de l'importance en étant associés à des centres d'apprentissage chrétiens ou à des miracles accomplis par Patrick ou d'autres saints. La position de Tara s'affaiblit encore davantage après l'invasion normande de 1169 ap. JC et l'établissement ultérieur de la domination anglaise en Irlande qui, pendant des siècles, tenta de supprimer la langue et les traditions irlandaises.

Le souvenir de l'ancien siège des hauts rois continuait cependant à résonner dans la population. Tara fut le théâtre de protestations pacifiques et de conflits féroces, comme le soulèvement de 1798 ou la manifestation non violente de 1843 organisée par le patriote et orateur irlandais Daniel O'Connell. De la préhistoire à nos jours, Tara a toujours été la « plus agréable des collines » et elle a joué un rôle important dans l'histoire de l'Irlande.

Depuis 2007 le site est au centre d'une controverse entre les promoteurs de l'autoroute M3 et le groupe de préservation Save Tara au sujet de la construction d'une autoroute près du site. Les défenseurs de la préservation affirment que le développement détruira des aspects vitaux du site et effacera des millénaires d'histoire, tandis que les représentants de l'autoroute M3 affirment le contraire, soulignant qu’un équilibre entre préservation historique et développements du 21e siècle a été établi sur d'autres sites en Irlande et qu’il en sera de même à Tara.

Les deux camps offrent des arguments pertinents pour leurs revendications, mais il convient de noter que le World Monuments Fund a placé Tara sur sa liste des 100 sites les plus menacés en 2008 et que le projet d'autoroute a influencé cette désignation. Quoi qu'il en soit, les deux parties ont rallié à leur cause un nombre considérable de partisans au niveau mondial, soulignant ainsi l'importance de la colline de Tara non seulement pour les habitants de l’Irlande mais pour des gens du monde entier.

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Traducteur

Caroline Martin
Française, ayant vécu au Royaume Uni pendant 20 ans, Caroline Martin est totalement bilingue. Lectrice passionnée depuis son plus jeune âge, elle a développé un amour de l'histoire qui remonte a ses années sur les bancs de l’école. Elle s'intéresse maintenant beaucoup à l'histoire en général et à la géopolitique.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2015, août 26). Colline de Tara [Hill of Tara]. (C. Martin, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-13952/colline-de-tara/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Colline de Tara." Traduit par Caroline Martin. World History Encyclopedia. modifié le août 26, 2015. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-13952/colline-de-tara/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Colline de Tara." Traduit par Caroline Martin. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 26 août 2015. Web. 30 juin 2022.

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