Didon

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Priscilia Barbuti
publié le 29 juin 2016
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Dido of Carthage (Artist's Impression) (by Mohawk Games, Copyright)
Didon de Carthage (Vue d'artiste)
Mohawk Games (Copyright)

La reine Didon (également appelée Elissa, dérivé d’Elisha - ou Alashiya - son nom phénicien) était une reine légendaire de Tyr, en Phénicie, qui fut contrainte de fuir la ville à la tête d'un groupe de loyaux partisans. Après avoir traversé la Méditerranée en faisant voile vers l'ouest, elle fonda la ville de Carthage vers 813 avant notre ère et s'éprit plus tard d'Énée, héros troyen à l'origine du peuple romain. Le plus célèbre récit de l'histoire de Didon est sans doute celui qu'en fait Virgile dans son Énéide, mais le personnage apparait dans les textes - tant antérieurs qu'ultérieurs - de nombreux autres auteurs de l'Antiquité.

Didon et Pygmalion

La plus ancienne mention connue du mythe fondateur de Carthage figure dans l'œuvre de Timée de Tauroménion (vers 350-260 avant notre ère) , un historien grec dont les textes originaux ne nous sont pas parvenus mais auxquels se réfèrent des auteurs plus tardifs. Timée fut le premier à situer la fondation de Carthage en 814 ou 813 avant notre ère. Flavius Josèphe, historien du Ier siècle de notre ère, fournit quant à lui des sources complémentaires sur le personnage historique d'Elissa en citant dans ses travaux la liste des rois tyriens du Xe au IXe siècle avant J.-C. établie par Ménandre d'Éphèse. Cette liste fait mention d’un personnage du nom d’Elissa, sœur de Pygmalion (Pumayyaton), qui fonda Carthage au cours de la septième année de règne de ce dernier.

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Dido, Carthaginian Tetradrachm
Dido, tétradrachme carthaginois
The British Museum (Copyright)

C'est cependant dans l'Énéide de Virgile que l'on trouve la version la plus célèbre de l'histoire de Didon. L'écrivain romain du Ier siècle avant notre ère la présente comme la fille de Bélos, roi de Tyr, en Phénicie. On apprend qu'elle se prénommait Elissa en phénicien, mais que les Libyens lui donnèrent le nom de Didon, lequel signifie "l'Errante". Virgile raconte que le frère de Didon, Pygmalion, s'empara de l'héritage de sa soeur et, afin d'assurer sa place sur le trône de Tyr, fit assassiner l'époux de cette dernière, Sychée. Selon une autre version, Didon épousa Acherbas (ou Zakarbaal), son oncle et prêtre de Melqart (ou Ba'al) là aussi exécuté par Pygmalion dans le but de s'approprier sa fortune. À la suite de quoi Didon prit la fuite avec un groupe de fidèles partisans (dont les commandants militaires Bitias et Barcas) et un butin pris sur le trésor royal, pour naviguer vers l'ouest et vers une nouvelle vie.

La fondation de Carthage

La reine se prénommait Elissa en phénicien, mais les Libyens lui donnèrent le nom de Didon, lequel signifie "l'Errante".

Didon fit d'abord escale à Kition, sur l'île de Chypre, où elle accueillit parmi sa suite un prêtre d'Astarté, après lui avoir fait la promesse que lui et ses descendants pourraient servir en qualité de Grand Prêtre au sein leur future colonie. Un groupe de 80 jeunes femmes, prostituées au nom d'Astarté, se joignirent également à eux et tous voguèrent ensemble jusqu'en Afrique du Nord où ils fondèrent leur nouvelle ville. Les colons bénéficièrent dans un premier temps de l'aide de la colonie phénicienne voisine d'Utica tandis que la population libyenne locale (gouvernée par le roi Hiarbas), disposée à commercer avec eux, offrit de leur concéder une bonne parcelle de terre, à l’unique condition que la surface de celle-ci corresponde à ce que pourrait couvrir une peau de boeuf. Pleine de ressources, Didon fit découper la peau en fines lanières qu'elle disposa autour d'une colline qui devint plus tard la citadelle de la ville, connue sous le nom de colline de Byrsa, du mot grec désignant le cuir de bœuf.

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Ce nouvel établissement reçut le nom de Qart-hadasht ("Nouvelle Ville" ou "Capitale") et son emplacement, dans un endroit stratégiquement avantageux sur une vaste péninsule de la côte nord-africaine, fut choisi dans le but d'offrir une escale profitable aux marchands phéniciens qui naviguaient d'un bout à l'autre de la Méditerranée.

La découverte de céramiques grecques et de vestiges d'habitations datés de la moitié du VIIIe siècle avant notre ère suggère la présence, dès cette époque, d'un important centre de peuplement et vient étayer l’hypothèse d’une possible fondation à la date traditionnellement établie. Les cités phéniciennes avaient déjà implanté des colonies tout autour du bassin méditerranéen ; aussi Carthage n'était-elle pas la première. Mais en relativement peu de temps, elle allait devenir la plus importante, jusqu'à fonder à son tour ses propres colonies et même supplanter la Phénicie en devenant le plus puissant centre d'échange de l'époque. La prospérité de Carthage reposait non seulement sur sa situation privilégiée vis-à-vis des routes commerciales, mais également sur son port remarquable ainsi que le contrôle de terres agricoles fertiles. En l'honneur de son fondateur, Carthage fit frapper des pièces de monnaie à partir du Ve siècle avant notre ère et certains spécialistes ont identifié la réprésentation féminine coiffée du bonnet phrygien, présente sur nombre d'entre elles, comme étant Didon. Certains auteurs romains donnent à penser que Didon aurait été divinisée, mais aucune preuve archéologique provenant des Carthaginois eux-mêmes ne l'atteste.

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The Meeting of Dido and Aeneas
La rencontre de Didon et Énée
Nathaniel Dance-Holland (Public Domain)

Didon et Énée

Les auteurs romains, dont le premier fut peut-être le poète Névius dans son Bellum Poenicum, au IIIe siècle avant notre ère, parlent de la rencontre des personnages de Didon et du héros troyen Énée, qui finira lui-même par fonder une grande ville : Rome. Selon le mythe du père fondateur de Rome, Énée gagna l'Italie après la guerre de Troie et la destruction de la ville, soit quatre siècles avant la fondation de Carthage. Il est donc chronologiquement impossible que les deux personnages se soient rencontrés, si tant est qu'ils aient véritablement existé. Virgile s’inscrit dans la lignée de ces auteurs, en proposant sa propre interprétation du mythe dans son Énéide, récit qui devint par la suite la version la plus classique de l’histoire. Il y raconte qu'Énée, après avoir dévié de sa trajectoire à la suite d'une tempête, reçut de Vénus l'ordre d'accoster à Carthage. Didon, qui depuis l'assassinat de son mari à Carthage n'avait cessé de repousser les avances d’une longue suite de prétendants, s’éprit du héros après avoir été frappée par une flèche de Cupidon, sur ordre de Vénus. Un jour, séparés du reste de leurs compagnons par une tempête, tous deux s'unissent dans une grotte. L'idylle est cependant de courte durée car Mercure, dépêché par Jupiter, incite alors Énée à quitter son amante et à poursuivre son périple afin d'accomplir sa destinée et devenir le fondateur de Rome. Alors que le Troyen résiste aux appels de Didon qui le presse de rester et prend la mer, la reine se jette sur un bûcher funéraire, non sans avoir auparavant proféré une terrible malédiction à l'encontre des Troyens, expliquant ainsi le caractère inévitable des violentes guerres puniques qui opposèrent Carthage à Rome :

Qu’entre les deux peuples il n’y ait ni amour ni alliance. Sors enfin, sors de mes froids ossements, toi, mon vengeur, toi qui, le fer et la flamme à la main, poursuivras partout les enfants de Dardanus. Que dès maintenant et à jamais, qu’en tout temps les deux peuples armés se rencontrent : rivages contre rivages, flots contre flots, fer contre fer, qu’ils se cherchent et se combattent, eux et leurs derniers neveux. (L’Énéide, IV, 624-29, traduction de Charles Nisard)

Selon une autre tradition, antérieure à Virgile, Didon aurait été contrainte d'épouser le roi libyen Hiarbas. Pour échapper à cet arrangement, Didon fit allumer un grand feu, comme pour se préparer à faire une offrande, mais se jeta ensuite dans les flammes. Il est par ailleurs intéressant de noter que la version de Virgile présente Didon sous un jour favorable, et témoigne probablement de l'époque augustéenne durant laquelle Carthage, qui n'était plus l'ennemie honnie des siècles précédents, fut progressivement réhabilitée au sein de l'Empire romain.

Carthage during the Punic Wars
Carthage pendant les guerres puniques
Javierfv1212 (Public Domain)

Héritage

La légende de Didon devint populaire auprès d'auteurs plus tardifs tels qu'Ovide (43 av. J.-C- 17 de notre ère.), Tertullien (vers 160 - 240 de notre ère), ou encore les auteurs du XIVe siècle Pétrarque et Chaucer. Le personnage occupe également une place centrale dans les opéras de Purcell (Didon et Enée) et de Berlioz (Les Troyennes), entre autres. Une figure féminine de pouvoir était une chose particulièrement rare, aussi bien dans la réalité que dans la mythologie antique, si bien que Didon sut captiver les imaginations à travers les millénaires. Comme le résume l'historien Dexter Hoyos : " Il est fort probable que l'histoire romantique et dramatique d'Elissa ait pour fondement une réalité historique, bien qu'il faille se garder d’en considérer chaque détail comme un fait authentique » (12). Une idée soutenue par Maria E. Aubet : " Il existe trop de coïncidences entre les sources orientales et classiques pour que l'on puisse penser que l'histoire d'Elissa ne repose sur aucune base historique " (215).

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Traducteur

Priscilia Barbuti
Passionnée d'art, d'histoire et de science depuis toujours, j'ai fait le choix d'étudier l'archéologie avant de m'orienter vers le domaine des technologies 3D et considère comme essentielle la diffusion des savoirs auprès du plus grand nombre.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2016, juin 29). Didon [Dido]. (P. Barbuti, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10498/didon/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Didon." Traduit par Priscilia Barbuti. World History Encyclopedia. modifié le juin 29, 2016. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10498/didon/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Didon." Traduit par Priscilia Barbuti. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 29 juin 2016. Web. 16 mai 2022.

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